Le petit livre de Taylor Swift
Daniel Ichbiah - First (2026)
Un dimanche matin d'octobre 2025, j'écoutais la radio alors que je roulais en rase campagne. Sur RTL, Eric Jean-Jean avait eu l'idée de proposer un stop ou encore dédié à Taylor Swift, dont le nouvel album The life of a showgirl était n°1 des ventes en France comme dans le reste du monde.
Surprise, juste après le deuxième titre proposé, " Cruel Summer " malgré les explications de Jean-Jean qui avait veillé à décrire l'événement auquel faisait référence ce titre, le verdict est tombé. Avec seulement 55% de votes positifs, le public dominical avait prématurément mis à fin à la session. Recalée. Eric Jean-Jean me confiera qu'il en a lui-même été estomaqué.
De fait, la stupeur était grande. Au même moment, je me régalais de l'écoute d'albums comme Folklore ou The tortured poets deparment. Comme bien d'autres, j'étais happé par le sentiment d'intimité que la jeune chanteuse savait tisser avec son auditoire, au-delà de la barrière des langues. L'écoute de Swift était apaisante, à même de susciter de douces rêveries, une atmosphère confortable. A mille lieux de son image publique.
Parlait-on de la même chanteuse ? Comment pouvait-on expliquer l'incompréhension de la part du public français ? En réalité, comme l'a montré le Eras Tour qui a remonté le temps de son parcours musical, Taylor est une artiste multi-facettes, un caméléon. Chacun est en mesure de pouvoir trouver dans ce creuset des morceaux qui vont faire écho à sa propre palette d'affinités musicales.
Evidemment, ce qui vient d'être dit pourrait être appliqué à n'importe quel artiste. Qui pourrait prétendre qu'il n'a pas parfois été déçu par son artiste fétiche.
Personnellement, je suis fan de Taylor Swift comme des Beatles, de Diana Krall ou de Bob Dylan, Téléphone, Loreena McKennit ou Madonna mais aussi d'artistes plus obscurs comme High Llamas, Lemon Twigs (mon groupe favori du moment) ou Au Revoir Simone. Pourtant, dire que j'apprécie l'intégralité de leurs discographies serait impossible. Il en va de même pour Swift à laquelle on pourrait reprocher d'avoir longtemps suivi un format de chanson fort classique avec un couplet relativement dépouillé suivi d'un refrain avec chœurs où elle donne libre cours à sa fougue. Il reste qu'elle s'en est émancipée pour s'aventure dans des formats plus inattendus à partir des années 2020.
Le souci avec Taylor Swift est qu'une grande partie de sa production artistique n'est pas forcément en phase avec ce qu'apprécie le public français. Il nous faut d'emblée écarter ses premiers albums de musique country, car ce genre fortement typé n'a jamais véritablement correspondu à ce qu'apprécient les Européens.
Il faut donc attendre son cinquième album 1989 et le single " Shake it off " pour voir Swift emprunter une route plus proche de la pop mainstream, appréciée de tous.
De plus, les image que l'on perçoit ici ou là peuvent donner l'impression qu'elle serait un ersatz de pop stars sur le modèle de la Britney Spears du début du millenium (avec tout le respect dû à Britney qui a été brillante sur de nombreuses prestations), en gros une jolie bimbo légèrement dévêtue à même de transir des foules de lycéennes reprenant en chœur ses refrains acidulés.
Pourtant, cette image volontiers relayée est réductrice. Taylor a souvent surgi là où ne l'attendait pas, déroutant les pronostics, explorant des territoires imprévus en franche échappée libre.
En 2020, alors qu'elle est au faîte de sa gloire en porte étendard de la pop, elle nous sert deux albums de musique folk, dotés d'une orchestration minimaliste et nous entraîne dans ses promenades au parfum d'automne. Au diable les effets sonores, elle a choisi cette fois le dépouillement. Le magazine phare des amateurs de rock, Rolling Stone, va saluer la performance, élisant Folklore come 5ème album du siècle en cours, derrière des albums tels que Lemonade de Beyoncé ou l'expérimental Kid A de Radiohead. Une cohabitation inattendue mais aussi une reconnaissance de son expression artistique.
Midnights qui apparaît en 2023 est un autre coup de cœur, avec une production ultra léchée et correspond alors peu ou prou à ce qu'elle a fait de meilleur. Taylor est parvenue à synthétiser un son dans l'air du temps, qu'il est facile à la fois d'écouter et d'employer pour créer une ambiance, notamment lors d'une réception. Sans surprise cet opus a explosé les ventes sans doute parce qu'avec cette approche feutrée et minimaliste sur le plan orchestral, elle semble toucher un public particulièrement vaste, au-delà de ce qu'elle représente elle-même.
The Tortured Poets Department (2024) est sans doute mon album favori. Elle déploie une suite d'univers intenses, touchants au sein desquels on se sent aisément impliqué. Elle parvient à nous faire sentir que ce qu'elle a à nous dire a de l'importance. D'ailleurs, dès lors que l'on s'attarde sur les textes, l'attraction est plus forte encore tant elle semble disposer d'un don à conter de singulières histoires parfois abracadabrantes, dont on peine à discerner au premier abord les tenants et aboutissants.
Le tout dernier album, The life of a showgirl, a pu en dérouter certains car il a marqué un grand retour à une pop plus directe et dansante et à des textes fictionnels. Pourtant, si la critique a fait la moue, le public a acclamé ce disque auquel il faudra juste le temps de s'accoutumer. Et voilà. La femme caméléon a changé de peau.
Voilà donc le constat. Il y a du Taylor Swift pour chacun. De la pop ravageuse comme dans l'imparable "We are never getting back together", de la country de bouseux, des ballades tranquilles comme "Love" ou "Champagne problems", des cris du cœur et des chants de rancune.
L'impression qui ressort d'un grand nombre des albums est qu'une amie chère nous donne de temps à autre de ses nouvelles, partage ses errances, ses aventures. Les chansons sont autant de cartes postales qu'elle nous adresserait au fil de ses haltes sur une carte du Tendre.
Elle nous ballade d'impressions en impressions, probablement capable du meilleur comme du pire, selon les affinités de chacun. Insaisissable. Libre.
Autre point : Taylor Swift a produit quelques uns des meilleurs clips de l'Histoire de la pop. Que dire de :
Il faut reconnaître que la chanteuse a une forte capacité à séduire par sa plastique naturelle, dont elle exploite les aspects dans bien des clips mais le point essentiel est sa sincérité, son absence de faux semblant et de trucage.
Bref, le phénomène Taylor Swift dépasse largement ce qui peut être perçu au premier abord, lorsque des rangées d'adolescentes (respect à leur égard !) fredonnent à l'unisson les refrains qu'elles ont écouté en boucle dans leur chambre à coucher.
Taylor Swift est une artiste authentique, suprêmement touchante, ultra douée, mais aussi une personne que l'on se plaît à spontanément apprécier, qui a le don de nous faire partager ses émois, inquiétudes, résistances, désillusions et revanches victorieuses.
Dans ce livre, vous allez découvrir ces innombrables facettes et mieux découvrir la grandeur d'une Superwoman attachante.
S'il fallait la résumer en quelques mots, nous aurions : libre, passionnée, revancharde, intrépide, inoppressable…
Toutefois, le terme le plus approprié serait : sincérité. Jamais elle ne triche. L'authenticité est son aura.
Depuis plus de 15 ans, Taylor Swift règne sur la scène musicale. Chanteuse et compositrice très proche de ses fans, pleinement au diapason avec les médias sociaux de son époque, elle apparaît comme une personnalité mythique comme ont pu l'être des êtres comme Marilyn Monroe ou Jackie Kennedy, avec une part de glamour, quelque chose de surnaturel qui semble dépasser la personne elle-même. Et aussi une capacité à toucher intimement son public, essentiellement féminin, en leur offrant un miroir de leur propre vie.
En raison de son succès planétaire et principalement auprès du public des adolescentes, Swift est perçue à tort de façon superficielle. En tant qu'auteur de plusieurs biographies musicales (Taylor Swift, Beatles, Rolling Stones, Coldplay…) et grand amateur de musiques, je la perçois avant tout comme une artiste à part entière, qui a le don de m'émouvoir lorsque j'écoute ses récents albums.
Au-delà de l'image qu'elle peut renvoyer malgré elle, c'est une auteur/compositeur de talent, incroyablement prolixe, touchante, inspirée, sincèrement attachante.
Capable de tisser des atmosphères où elle nous englobe dans son univers émotionnellement riche
Le parcours musical de Taylor Swift a été jalonné de réinventions spectaculaires.
Elle est passée du country au folk, de la chanson intime à des spectacles pop planétaires. La biographie remonte donc le fil de ce temps musical. Cependant, à chaque fois, que j'ai réalisé une biographie, il m'est apparu qu'une célébrité était à même d'acquérir ce statut parce que, au-delà des aspects créatifs, elle manifestait des traits de caractères appréciés de la plupart d'entre nous, mais à un degré exacerbé. Cet aspect ressort suprêmement pour ce qui est de Taylor Swift.
Taylor Swift est avant tout une créatrice de chansons fort talentueuse, sans concession, qui suit sa propre voie, avec certains albums qui apparaissent comme des sans fautes. Comme Tortured Poet Departments (2024) où elle aligne 17 morceaux, souvent intimistes, et parvient à nous toucher au-delà des barrières de langue, avec des sonorités dans l'air du temps et une vaste palettes d'atmosphères touchantes.
Qui suis-je ? Daniel Ichbiah, écrivain et journaliste. J'ai réalisé de nombreuses biographies par le passé dont plusieurs qui ont connu un succès notable :
Cette biographie s'adresse autant aux fans qu'aux lecteurs curieux de comprendre ce phénomène culturel hors norme.
Le plan du livre nous amène à remonter les épisodes majeurs de la vie de Taylor Swift jusqu'à nos jours.
Taylor Swift est essentiellement perçue par le public français comme une artiste de tous les records, attirant principalement des fans féminins jeunes. En réalité, c'est une poète qui a le don de faire jaillir des sentiments intimes. Une artiste authentique, incroyablement prolixe. Et qui est parvenue jusqu'ici à gérer avec maîtrise les pièges de la célébrité, là où d'autres, comme Britney Spears ont perdu les pédales.
Taylor Alison Swift voit le jour le 13 décembre 1989 à West Reading, en Pennsylvanie.
Très tôt, elle chante devant des milliers de personnes, apprend la guitare et écrit ses propres textes. À 13 ans, elle convainc sa famille de déménager dans le Tennessee pour tenter sa chance à Nashville. Elle écume alors les scènes ouvertes, carnet en main, avant de signer à 14 ans un contrat d'édition avec Sony/ATV. À 16 ans, son premier album entre directement dans les classements. Comment cette adolescente a-t-elle pu imposer sa voix dans l'univers très fermé de la country ? Certaines réponses se devinent au fil de ses refrains…
Avec Fearless (2008), Taylor s'impose comme l'étoile montante de la country-pop : "Love Story" et "You Belong With Me" séduisent un public bien au-delà de Nashville. Son usage pionnier de Myspace noue un lien direct avec ses fans. L'album décroche le Grammy de l'année. Mais en 2009, la cérémonie des MTV Video Music Awards est marquée par un incident : un rappeur interrompt son discours. Cet épisode, à la fois humiliant et fondateur, restera comme un des tournants de sa carrière.
Après Speak Now (2010), la jeune chanteuse prend de l'envergure avec Red (2012). Le single " We Are Never Ever Getting Back Together " devient son premier numéro 1, et la ballade " All Too Well " est encensée par Rolling Stone. Ses histoires d'amour et de rupture se transforment en récits universels, mais que savons-nous vraiment des blessures qui nourrissent ses chansons ?
L'automne 2014 marque une métamorphose : 1989 est son premier album pop assumé. Porté par " Shake It Off ", il se vend à plus de cinq millions d'exemplaires et lui vaut un second Grammy de l'album de l'année. Le look change, l'influence grandit, les " secret sessions " avec ses fans se multiplient. Elle ira même jusqu'à forcer Apple à revoir sa politique de rémunération des artistes. Pourtant, un nouveau clash médiatique la remet sur la sellette. Une vague de haine et de mépris submerge les réseaux sociaux. Serait-ce le chant du cygne ?
Après une année de silence, Taylor revient en 2017 avec "Look What You Made Me Do" et l'album reputation. Elle y règle ses comptes et adopte une tonalité plus sombre. Sur " End Game ", elle s'entoure d'Ed Sheeran et de Future.
Deux ans plus tard, avec Lover, elle affiche un visage plus apaisé et se met en phase avec des causes sociétales, au risque de s'aliéner une partie du public. Pour le meilleur ou pour le pire, une fougue militante agite la chanteuse ...
En plein confinement, Swift surprend le monde en sortant Folklore puis Evermore en 2020. Enregistrés en secret, ces albums intimistes mêlent folk et poésie, et Folklore décroche le Grammy de l'album de l'année. Comment expliquer qu'un opus si dépouillé devienne la meilleure vente de l'année ?
En 2021, elle entreprend de réenregistrer ses premiers disques pour reprendre le contrôle sur ses masters. Fearless (Taylor's Version), Red (Taylor's Version) et autres paraissent tour à tour. Elle estime pouvoir compter sur un atout maître : la fidélité et le soutien imparable de ses fans. Pari risqué... Qui d'autre aurait osé relever un tel défi face aux mastodontes de l'industrie ?
Avec Midnights (2022), Taylor signe l'un des plus grands succès de streaming de l'histoire : toutes les places du Top 10 du Billboard sont occupées par ses chansons. L'album est couronné Album de l'année et Meilleur album pop vocal. Puis vient la surprise The Tortured Poets Department (2024), un album dont les écoutes explosent tous les records dès les premières heures. Comparée à Bob Dylan pour le mystère de ses textes, elle laisse filtrer des émotions brutes : que cherche-t-elle à nous dire ?
La tournée Eras Tour (2023-2025) devient la plus lucrative de l'histoire, avec plus de 2 milliards de dollars de recettes. Le film qui l'accompagne rend hommage à cette rétrospective géante de sa carrière. Le 3 octobre 2025, elle sort The Life of a Showgirl, inspiré de cette épopée scénique. Parallèlement, elle milite pour les droits des artistes et des minorités, défend un féminisme assumé et n'hésite pas à prendre position. Mais derrière cette success-story, quelles épreuves reste-t-il à affronter ?
(...)
Durant l'année 2011, elle poursuit son œuvre d'écriture. Elle dispose désormais de 24 chansons. Et puis un soir d'automne, lors d'un voyage en avion sur sa tournée, elle donne naissance à un titre enlevé avec un feeling à la Shania Twain : " Red ". Elle y évoque un amour aussi vibrant qu'une Maserati lancée à toute allure, mais pourtant voué à se consumer et qui est demeuré trop vif pour qu'elle cesse d'y penser. La chanson évoque très probablement la relation avec Gyllenhaal.
Ce soir là , après le concert, elle rend visite au producteur Nathan Chapman. Elle ne s'attend pas à une telle réaction.
" Quand je lui ai joué 'Red', cela l'a bouleversé. Les paroles l'ont sidéré. "
Galvanisée, elle appelle Borchetta qui est encore au bureau à cette heure tardive, et il manifeste le même engouement.
" Il m'est impossible de décrire combien je me sens vivante mais aussi utile, lorsque j'achève une chanson et que les gens l'apprécient. C'est la satisfaction ultime " écrit alors Swift dans son journal personnel.
Hélas, Borchetta a une réticence. S'il trouve la chanson brillante, il estime que la production n'est pas à la hauteur.
" Il lui faut un son pop. "
Chapman et Swift se remettent à l'œuvre. Le tempo speedé, les effets électroniques sur les voix visent à réduire l'atmosphère country initiée par le banjo d'ouverture. Mais Borchetta ne trouve toujours pas son compte. Il finit par lâcher le nom clé :
" Il faudrait une touche à la Max Martin ".
Max Martin ? C'est une légende vivante de la pop à l'instar de Spielberg dans le cinéma. Avec l'allure d'un viking, ce génie suédois a été le maître d'œuvre d'un nombre impressionnant de tubes mondiaux comme " Baby one more time " de Britney Spears, " Moves like Jagger " de Maroon 5, et d'autres de Katy Perry, Pink ou Backstreet Boys.
Taylor ne sait que penser. Elle va reconnaître par la suite que " 'Red' est la chanson qui m'a fait sentir qu'il fallait quelque chose de différent. "
" L'une de mes craintes étaient que les gens puissent dire que mes chansons sonnaient toutes pareillement. Il fallait que je m'extraie de ma zone de confort, que j'ouvre de nouveaux horizons. "
Partagée entre sa fidélité envers Chapman et ce besoin de renouvellement, Swift lui confie tout de même la moitié de l'album. En parallèle, elle fait venir de nouveaux collaborateurs tels que le chanteur Ed Sheeran mais aussi le producteur Butch Walker sur le mélodieux "Everything has changed".
Collaborer avec Max Martin est une autre paire de manches. Il est à la fois célèbre comme producteur et auteur compositeur émérite. Il a aussi la réputation d'être perfectionniste et méticuleux, au point de faire subir à certains artistes une expérience stressante. Par ailleurs, lui confier la réalisation de certains titres de l'album Red est en mesure de surprendre le public qu'elle a acquis. Elle sait toutefois qu'à ce stade de son évolution, un chamboulement est nécessaire. Elle finit par appeler le producteur suédois. Elle reconnaît qu'elle est craintive à l'idér de lui faire appel mais qu'elle sait au fond d'elle-même qu'il va en sortir quelque chose de grand.
La première séance à Stockholm à la fin de 2011, en compagnie de Shellback, le bras droit de Max Martin qui manifeste une énergie explosive, est épique. Taylor lui a expliqué qu'elle est venue avec " un sentiment d'urgence créative mais sans savoir exactement où aller. "
- Quelle est l'émotion la plus brutale que tu ressens en ce moment ? demande simplement Martin.
- Une rupture dont je ne parviens pas à me remettre.
- Partons là-dessus. Dis m'en davantage.
Une alchimie se produit alors. Taylor se raconte, sans filtre, comme à l'accoutumée, et Martin note ce qu'elle dit tout en ponctuant de ses propres idées :
" ça c'est un refrain ", " ce mot, il faut le garder, il est puissant ! ", " là, il y a trop de syllabes, il faut que tu raccourcisses tout en conservant le même message "…
La chanteuse commence à improviser une mélodie et Shellack, déchaîné, s'empare alors d'une guitare pour mieux la suivre. Taylor Swift est médusée : elle vient de trouver deux alter ego créatifs. Avec la nuance que Martin aime surprendre.
Sarcastique et cathartique, la chanson " We are never getting back together " (Il n'est pas question que l'on se remette jamais ensemble) émerge de ces échanges. Elle n'en revient pas : jamais elle n'a créé un tube aussi vite ! Vindicative mais aussi ludique, notamment lorsqu'elle scande " never ", " never ", " never ", " We are never getting back together " pour beaucoup, va sonner comme un hymne de défi envers les ex qui se seraient mal comportés.
En réalité, le trio va ainsi élaborer trois chansons de l'album Red :
Swift va comparer Martin et Shellback à des "sorciers de la " :
"Pour la première fois, j'ai réalisé que ces gens pensent d'une manière à la fois mystique et magique : ils savent rebondir sur une accroche. J'ai ressenti le challenge d'écrire en leur compagnie."
(...)
Les citations qui suivent sont extraites de ma biographie de Taylor Swift.
"On m'a appris très tôt que si tu veux quelque chose, tu dois être prête à entendre 'non' et à recommencer jusqu'à ce qu'on te dise 'oui'."
"J'aimerais que les gens puissent regarder en arrière et se dire que je n'ai jamais rien tenu pour acquis. J'ai apprécié tout ce qui m'a jamais été donné car tout pourrait m'être retiré si je commets le moindre faux pas."
"Ce qui m'intéresse, c'est d'écrire de grandes chansons. Que les chansons gagnent ! "
"Fearless, c'est se relever et se battre pour ce que l'on veut encore et encore... même si à chaque fois que l'on a essayé auparavant, on a perdu. C'est être sans peur d'avoir la foi qu'un jour les choses changeront. "
"Une partie de mon public a le sentiment que nous avons grandi côte à côte. Je vis une expérience, j'en fais un album, il sort, et souvent cela résonne avec ce qu'eux-mêmes traversent - comme s'ils feuilletaient mon journal intime."
" J'avais l'impression de marcher sur un trottoir en sachant qu'à un moment ou à un autre, le sol allait s'effondrer et que j'allais passer au travers. Vous ne pouvez pas continuer à gagner tout en conservant l'amour des gens. Ils adorent ce qui est nouveau : ils te hissent tout en haut du mât, tu te retrouves là, à saluer du sommet pendant un temps… puis soudain ils se disent : 'Attends, en fait c'est ce nouveau drapeau qu'on aime maintenant.'"
"Il m'est impossible de décrire combien je me sens vivante mais aussi utile, lorsque j'achève une chanson et que les gens l'apprécient. C'est la satisfaction ultime"
L'auteur Robert Ellis Orrall qui a travaillé avec Taylor Swift alors qu'elle avait 14 ans.
"Je n'ai jamais vu une telle détermination et une telle confiance chez quelqu'un de cet âge là."
Choisir 10 chansons dans la discographie dans une oeuvre aussi riche que celle de Taylor Swift est une épreuve en soi. Ce qui m'a donné envie d'indiquer 10 titres est que malgré son succès historique, l'artiste est parfois méconnue chez nous et parfois, certains me demandent quels titres il faudrait écouter pour se faire une meilleure idée. Voici donc une sélection très subjective...
Cette chanson qui clôt l'album Folklore est une des plus poétiques qu'elle ait écrites. Elle fait référence au Lake District, une région du nord-ouest de l’Angleterre, célèbre pour ses lacs, collines et paysages sauvages et mélancoliques. Avant tout, ce lieu est considéré comme le berceau du romantisme anglais.
Quand Taylor Swift chante :
“Take me to the lakes where all the poets went to die”
Elle fait référence à des écrivains romantiques du XIXème siècle tels que William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge qui s'étaient retrouvés à Lake District afin de se retirer du vacarme de la ville.
Taylor Swift y utilise des expressions audacieuses telles que "name-dropping sleaze" en référence aux individus prétentieux qui font l'étalage de leurs relations, ou "calamitous love" pour évoquer les relations passionnelles toxiques, soit une phrasé assez rare dans la pop américaine. Elle a ainsi été comparée à la chanteuse folk et poétesse Joni Mitchell.
Certains médias y ont vu une réponse aux tabloïds, les intrusions excessives inhérentes à la célébrité, les jugements faciles que s'autorisent certains. Elle revendique son aspiration à la paix, le rejet du bruit, de la superficialité. Lorsqu'elle dit :
"I’m setting off, but not without my muse" / « Je pars (ou Je me mets en route), mais pas sans ma muse. »
elle exprime le besoin de quitter les villes, l’industrie et de retrouver un calme intérieur. Certains critiques ont considéré que "The lakes" était la chanson la plus européenne de Taylor Swift.
Avant tout, "The lakes" me séduit pour ses violoncelles et violons mélancoliques qui installent une sensation de profondeur, les quelques touches de piano, et sa très belle mélodie propice à l'évasion de l'âme. Elle me touche à chaque écoute et tisse un lien mystérieux vers cette facette romantique de l'artiste.
"Anti-hero" est une chanson quasi irrésistible. Tout est réussi : la mélodie, la production, l'histoire qui est contée, le clip, le second degré que la chanteuse assume sur elle-même...
"Anti-hero" marque également une rupture dans l'image que pouvait renvoyer Taylor Swift. Aux alentours des années 2000, dans des chansons comme "Dear John" ou "You belong to me", elle apparaissait comme la jeune fille vulnérable et bafouée, qui usait de sa plume pour répliquer à celui qui avait pu la blesser.
A présent, nous sommes en 2023, et la situation est autre. Taylor Swift renverse la situation et se présente comme "le problème".
“It’s me, hi, I’m the problem, it’s me
Ce refrain obsédant va entrer dans le langage courant. La chanson elle-même évoque la peur d'être jugée, du sentiment que certains peuvent parfois ressentir d'être leur pire ennemi, elle y assume ses défauts, ses contradictions et sa fragilité et se regarde sans complaisance. Le message, c'est qu'au fond, elle préfère être comprise qu'aimé à tout prix. Il est vrai qu'à ce stade de sa carrière, elle n'a plus rien à prouver. Et en réalité,un très grand nombre d'auditeurs vont se reconnaître dans ces mots. Une fois de plus, elle exprime tout haut ce que certains peuvent ressentir sans jamais réellement le formuler.
Réalisé par Taylor Swift, le clip qui joue sur des couleurs vives, presque cartoon, pousse un peu plus loin encore l'autodérision. Il fonctionne à la manière d'une fable satirique. Elle y apparaît sous plusieurs versions d'elle-même qui semblent avoir du mal à cohabiter : une Taylor géante, une autre qui s’insulte dans un miroir, et même une, qui, dans une scène fort comique, observe ses héritiers se déchirer sur son héritage.
Ce titre a été son plus gros succès au niveau de l'Amérique (n°1 durant 10 semaines au Billboard) et au niveau mondial (2 milliards d'écoutes sur Spotify). Certes, si l'on s'en tient aux ventes physiques, "Shake it off" (2014) s'est écoulé bien davantage, mais l'époque favorisait encore les singles au streaming. En
Nous avons là une chanson cathartique. Le cri de révolte d'une jeune fille abusée et devenue samourai. Le vilain de l'histoire s'appelle Kanye West. Un an plus tôt, le rappeur, aidé de sa complice Kim Kardashian, a piégé Taylor Swift. Il l'a d'abord traitée de "bitch" dans un clip sulfureux, "Famous". Face aux protestations de la chanteuse, Kardashian a publié une vidéo astucieusement montée, laissant à penser que Taylor aurait donné son accord complet à ce morceau. Il en a résulté un déferlement de haine sur certains réseaux sociaux, accusant la chanteuse d'être une affabulatrice.
Avec "Look what you made me do", Swift a accompli un tour de force historique. Par cette chanson et son clip, elle renverse la situation et pourfend West.
En février 2011, alors qu'elle entame les séances relatives à son 4ème album, Red, Taylor Swift sort d'une relation sentimentale qui l'a laissé désemparée. A l'automne 2010, une amie, l'actrice Emma Stone, lui a fait rencontrer le comédien Jake Gyllenhall, alors âgé de 29 ans. Ils ont assez vite entamé une relation fusionnelle. La rupture, intervenue à la fin 2010 a laissé des séquelles. Elle ne trouve même plus l'inspiration pour écrire.
Pourtant, au terme d'une période de six mois de "sécheresse créative" naît ce titre majeur, qui va modifier en profondeur l'image de l'artiste. Elle est née de façon inédite lors d'une jam session de 10 minutes sur scène, durant les répétitions du Speak Now Tour.
" All to Well " s'apparente à un mini-film et fait surgir un tourbillon de réminiscences des moments partagés :
Dans le même temps, Taylor tente de comprendre comment une passion aussi forte a pu se diluer. Elle tourne ainsi autour des flashbacks, sans toutefois trouver d'apaisement.
Plus loin, elle se lance dans une contre-attaque en règle :
" Et tu me recontactes une fois de plus,
juste pour me briser comme on rompt un serment,
D'une cruauté désinvolte, derrière l'excuse de la franchise."
Pourtant, elle nous dit que le temps ne s'envole pas, qu'il induit une forme de paralysie.
Clairement "All to well" a représenté un tournant dans l'approche de Swift. Les émois adolescents ont laissé place à la romance d'une jeune adulte. Et c'est ainsi qu'elle a pu toucher un autre public.
Avec "All too well", Swift s'inscrit dans la lignée d'une artiste raffinée et contemplative comme Joni Mitchell.
Swift elle-même a reconnu que l'album Blue de Joni Mitchell avait fait naître des larmes et il est possible qu'elle en ait tiré des influences.
Le magazine Rolling Stone a estimé toutes que "All too well" était la meilleure chanson jamais écrite par Taylor Swift.
" Fortnight " est la chanson qui ouvre l'album Tortured Poets Department. Taylor Swift y décrit une relation passée qui continue d'exister sous une forme insolite : les deux ex-amants conservent une liaison diffuse au niveau spirituel comme si une version parallèle continuait de se dérouler en secret.
Ce n'est donc pas une chanson qui parle d'amour mais plutôt de ce qui reste après l'amour. La production, minimaliste et feutrée, repose sur une rythmique discrète, et la mélodie semble tourner sur elle-même. La voix du chanteur Post Malone donne donne l'impression d'un narrateur fantôme, qui comme elle partage l'ombre d'un souvenir diffus.
Réalisé par Taylor Swift, le clip en noir et blanc nous prend par surprise et nous emporte dans une fiction improbable, en noir et blanc, intrigante et mystérieuse. Il impose dès la première image une esthétique expressionniste, initialement inquiétante - elle est attachée à un lit au sein d'une institution si ce n'est que l'on découvre que ce lit est en hauteur. Elle se détache pour s'installer dans une salle administrative, assise à une machine à écrire, face à Post Malone qui apparaît comme un personnage de film à la 1984. D'autres séquences évoquent ce qui reste de la relation passée, comme un mélange d'affection et de retenue.
" Fortnight " est donc le morceau annonciateur d'un album dédié à la poésie et introspectif, comme un journal intime, doté d'une forte séduction tranquille. Le sortir sous forme de single était un choix audacieux. Il a certes été acclamé par la critique mais le public allait-il suivre ? De façon étonnante, " Fortnight " est entré directement n°1 du Top 100 américain et l'album Tortured Poets Department, bien que fort éloigné du son d'un disque pop, est resté 10 semaines en tête des charts.
Cette chanson est ma favorite de l'album The life of a showgirl. Elle met particulièrement en valeur les qualités de compositrice de Taylor Swift, qui surfe ici sur une esthétique plus européenne qu'américaine, tout en nuances et touches légères.
La mélodie repose sur une ligne musicale fluide et enlevée, qui se suffit à elle-même. De fait, " Wi$h Li$t " est dépourvue d'efforts sonores et de gimmicks. Elle pourrait être jouée au piano ou à la guitare sans perdre son pouvoir de séduction. Et la voix se fond dans le maillage sonore, très feutrée, tout en douceur, induisant une tranquille intimité. Comme si elle se confiait à elle-même.
La chanson elle-même évoque les rêves que peuvent entretenir des célébrités (une vie de luxe, un physique parfait, un yacht, une Palme d'Or à Cannes...) alors qu'elle exprime des désirs plus simples, non artificiels : ne pas être jugée, vivre la relation avec son amoureux…
La chanson évoque donc ce contraste d'être sous les projecteurs du monde entier alors qu'elle aspire à une forme de normalité :
I just want you
Have a couple kids").
C'est donc ma chanson préférée de l'album The life of a showgirl et j'ai été pour le moins (agréablement) surpris d'apprendre qu'il en était de même pour Taylor Swift elle-même.
A noter que Usa Today, pour sa part, a considéré que "Opalite", du même album, a été la meilleure chanson de 2025 devant des titres tels que "Abracadabra" de Lady Gaga et "End of the world" de Miley Cyrus.
Quel clip !... " Blank Space " qui sort le 10 novembre 2014,, fait référence à sa réputation de " croqueuse d'hommes ". Avant tout le clip fait sensation : il clip met en scène Taylor Swift dans un manoir luxueux, se transformant en bourgeoise " folle et obsédée par la vengeance " vis-à-vis de son compagnon, en guise de satire de son image médiatique.
C'est son plus gros tube et il est vrai que l'impact de ce titre est fantastique.
La chanson "Shake it off" est une réponse aux médias qui ne cessent de décortiquer son actualité :
" Chaque partie de ma vie a été disséquée - mes choix, mes actions, mes mots, mon corps, mon style, ma musique… Je suppose que la façon dont je gère cela est de 'shake it off' (secouer ça). "
"Shake it off" est le clip qui est lancé sur Youtube comme sur les chaînes musicales afin d'exposer au monde la nouvelle Taylor Swift, popstar.
La vidéo, avec ses multiples incarnations comme danseuse maladroite mais acharnée malgré son essouflement au milieu de danseurs chevronné de ballet ou de hip hop, est un manifeste à part entière de sa nouvelle incarnation. Juste après la diffusion du clip, elle se lève spontanément et entame une danse entraînant les fans présents avec elle.
Le single est entré directement à la première place du Billboard Hot 100 et y est resté pendant 50 semaines consécutives.
Cet autre titre de l'album The life of a showgirl est révélateur d'un aspect pour le moins étonnant de Taylor Swift. Au fil des albums, elle a développé un réel talent de compositeur mais aussi un sens de la mise en scène dans ses chansons.
Ce duo avec Lana del Rey est d'une folle séduction sonore. Les voix des deux muses entament de sompteuses arabesques et nous ensorcellent dans leurs chassés-croisés presque célestes. "Snow on the beach" est typique du charme
A mon sens, 1989 et Midnights ne sont pas seulement les meilleurs albums de Taylor Swift, ce sont probablement, à ce jour, les meilleurs albums du siècle.
1989 relève du tour de force. Produit par les sorciers suédois Max Martin (à l'origine de tubes tels que "Baby one more time" de Britney Spears, " Moves like Jagger " de Maroon 5, et d'autres de Katy Perry ou Pink) et son inséparable compère, Shellback, l'album est un sans faute absolu, avec pas moins de trois tubes énormes et de qualité : "Shake if off", "Blank Space", "Bad Blood" (lesquels ont chacun fait l'objet de clips mémorables).
C'est avec cet album que la chanteuse country a affirmé sa mue. Alors qu'elle avait peu à peu conquis l'Amérique en faisant aimer sa musique du Middle West à un public plus large - suivant en cela le sillage d'artistes tels que Shania Twain et les Dixie Chicks , Taylor Swift a pris le pari de réaliser une rupture complète et de proposer un album intégralement pop.
Dès la première mesure, l'album surprend par l'incroyable qualité des maillages sonores mais aussi par des mélodies accrocheuses et finement tissées.
Le succès de 1989 a été phénoménal : environ 14 millions d'exemplaires vendus à ce jour. Et "Shake it off" est resté (avec "Anti hero") son plus grand tube.
La réalisation de Midnights est d'une rare intelligence. Le maillage sonore ne cherche jamais à voler la vedette au texte ou à s'inscrire dans une quelconque esthétique du moment. Il en résulte un album hors du temps, hors des modes. La matrice musicale est tissée d'une même matière : des synthés feutrés, des percussions discrètes et lointaines, une voix qui s'immisce de façon harmonieuse dans cette fusion élégiaque. Ce n'est pas tant un album de chansons qu'un univers acoustique. Quand bien même la production pourrait sembler minimaliste, elle s'avère particulièrement fouillée et subtile, tout en conservant d'un bout à l'autre, une cohérence parfaite.
Un grand nombre d'albums brillent par certains morceaux, explosent au niveau de certains singles précis. Midnights, quand bien même il accueille l'un de ses plus grands tubes, 'Anti-hero', fonctionne comme un espace sonore continu.
Midnights n'est pas un album qui se livre au premier instant. On peut l'écouter à tout moment et découvrir qu'il gagne en profondeur et en influence émotionnelle au fil des ans, et qu'il entre toujours davantage en résonance personnelle.
Au niveau du texte, Midnights se distingue par sa justesse, sa densité émotionnelle et son intelligence narrative. Taylor égrène des réflexions souvent incomplètes et parfois contradictoires, des phrases qui ressemblent à ce qu'on se dit à 3h du matin.
C'est une oeuvre sans pareille et sans doute l'album à conseiller à ceux qui ne connaîtraient pas trop le répertoire de la chanteuse.
Ecrivain et journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et la musique, Daniel Ichbiah a été deux fois n°1 du classement général des ventes.
Avec :
et n°3 avec Michael Jackson, Black or White ? (en décembre 2014)
En tant que biographe, je mets régulièrement à jour cette page pour refléter les dernières actualités et métamorphoses artistiques de la chanteuse jusqu'à la sortie de mon ouvrage en 2026.
La page Facebook se trouve à cette adresse : https://www.facebook.com/TaylorSwiftBiographie
Si vous avez aimé cette page, merci de la partager sur vos réseaux sociaux