Le petit livre de Taylor Swift
Rien n'a été épargné à Taylor Swift. Sur le chemin de la célébrité, les pièges abondent et elle a su les déjouer un à un. Quel est le secret de cette résilience, de cet art de la contre-attaque ?
Il se trouve que la chanteuse a su tisser des liens d'amitié profonde avec ces fans qu'elle adore autant qu'ils l'aiment. Avant tout, Taylor Swift sait trouver les mots qui vont faire mouche dans la psyché de chacun.
Dans ce livre, nous découvrons que Taylor Swift est follement imprévisible. Elle surgit régulièrement là où on ne l'attend pas, passant de la country à la pop, au folk intimiste, changeant de peau et de personnage, affirmant haut et fort sa liberté artistique.
Le parcours de Taylor Swift est une leçon de vie.
Au fil de ces pages, nous découvrons aussi la genèse de chansons incontournables, qui sont autant de points d'étape où elle a réussi à parler à l'âme d'une génération.
Daniel Ichbiah - First (juin 2026)
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Un dimanche matin d'octobre 2025, j'écoutais la radio alors que je roulais en rase campagne. Sur RTL, Eric Jean-Jean a proposé un stop ou encore dédié à Taylor Swift.
Surprise, juste après le deuxième titre diffusé, "Cruel Summer", le verdict est tombé. Avec seulement 55% de votes positifs, le public dominical avait prématurément mis à fin à la session. Recalée. Eric Jean-Jean me confiera qu'il en a été estomaqué.
De fait, la stupeur était grande. Au même moment, je me régalais de l'écoute d'albums comme Folklore ou The tortured poets deparment. J'étais happé par le sentiment d'intimité que la jeune chanteuse sait tisser avec son auditoire. Elle fait surgir, sans avoir l'air d'y toucher, des sensations que chacun de nous a vécu.
Parfois aussi, elle crée des associations de mots improbables. On se laisse dériver, comme happé par le mystère qu'elle saupoudre dans sa poésie.
L'écoute de Swift est apaisante, à même de susciter de douces rêveries. A mille lieux de son image publique.
Chaque album de Swift m'apparaît comme un long métrage avec un décor sonore fouilé et homogène. Elle accomplit ce prodige de nous embarquer dans un voyage où chaque escale mérite le détour.
Oui, mais alors... Comment expliquer l'incompréhension de la part du public français ? Parlait-on de la même chanteuse ?
En réalité, comme l'a montré le Eras Tour qui a remonté le temps de son parcours musical, Taylor est une artiste multi-facettes, un caméléon.
Chacun est en mesure de trouver dans ce creuset des morceaux qui vont faire écho à sa propre palette d'affinités musicales.
Bon, le souci, c'est qu'elle est excessivement prolixe. Certes, il y a énormément de pépites à découvrir dans la caverne d'Ali Baba de sa discographie. Les albums accueillent couramment une vingtaine de chansons. Et chacun de nous va basculer ici ou là de l'émerveillement... au désenchantement.
Evidemment, ce qui vient d'être dit pourrait être appliqué à n'importe quel artiste. Qui pourrait prétendre qu'il n'a jamais été déçu par son artiste fétiche ?
Personnellement, je suis fan de Taylor Swift comme des Beatles, de Diana Krall ou de Bob Dylan, de Madonna, Téléphone, Loreena McKennit ou les Stones mais aussi d'artistes plus obscurs comme High Llamas, Lemon Twigs (mon groupe favori du moment). Pourtant, dire que j'apprécie l'intégralité de leurs discographies serait impossible.
Il en va de même pour Swift. Elle a avoir longtemps suivi un format de chanson hyper prévisible avec un couplet relativement dépouillé suivi d'un refrain où elle donne libre cours à sa fougue. Il a fallu patienter jusqu'à 2012 pour qu'elle s'aventure sur des sentiers moins balisés avec son quatrième album, Red.
D'ailleurs, une grande partie de sa production artistique n'est pas en phase avec ce qu'apprécie le public français. Il nous faut d'emblée écarter ses premiers albums de musique country, car ce genre fortement typé est rejeté par la plupart des Européens.
Il faut donc attendre son 5ème album 1989 et le single "Shake it off" pour voir Swift emprunter de manière franche une route plus proche de la pop mainstream, appréciée de tous.
Là n'est pas tout. Les image que l'on perçoit ici ou là peuvent donner l'impression qu'elle serait un ersatz de pop stars sur le modèle de la Britney Spears du début du millenium (avec tout le respect dû à Britney que je tiens en haute estime), en gros une jolie bimbo court vêtue à même de transir des foules de lycéennes reprenant en chœur ses refrains acidulés.
Pourtant, cette image est réductrice. Taylor a souvent surgi là où ne l'attendait pas, déjouant les pronostics, explorant des territoires imprévus en échappée libre.
En 2020, alors qu'elle est au faîte de sa gloire en porte étendard de la pop, elle nous sert deux albums de musique folk, dotés d'une orchestration minimaliste et nous entraîne dans ses promenades au parfum d'automne. Au diable les effets sonores, elle a choisi le dépouillement.
Le magazine phare des amateurs de rock, Rolling Stone, va saluer la performance, élisant Folklore come 5ème album du siècle en cours, derrière des albums tels que Lemonade de Beyoncé ou l'expérimental Kid A de Radiohead. Une cohabitation inattendue mais aussi une reconnaissance de son expression artistique.
Midnights qui apparaît en octobre 2022 est un coup de cœur, avec une production ultra léchée. Taylor est parvenue à synthétiser un son dans l'air du temps, à la fois mystérieux et envoûtant. Cet opus a explosé les ventes. Avec cette approche feutrée et impressionniste, elle a touché les âmes à grande échelle.
Dans The Tortured Poets Department (2024) elle déploie une suite d'univers touchants et parvient à nous faire sentir que ce qu'elle a à nous dire nous concerne intimement. Elle y manifeste un don à conter de singulières histoires parfois abracadabrantes, dans la tradition des grands songwriters à la Dylan ou Leonard Cohen.
Elle semble sans défense, fragile et pourtant, cette absence de faux semblant est une force.
Le tout dernier album, The life of a showgirl, a marqué un grand retour à une pop plus directe et dansante. Si la critique a fait la moue, le public a acclamé ce disque qui dénote un sens plus affiné de la mélodie. La femme caméléon a changé de peau.
Voilà le constat. Il y a du Taylor Swift pour chacun. De la pop ravageuse comme dans l'imparable "We are never getting back together", de la country de bouseux, des ballades tranquilles comme "Lover" ou "Champagne problems", des cris du cœur et des chants de rancune.
A chaque fois, elle nous livre sa vérité du moment, avec une sincérité désarmante.
L'impression qui ressort est qu'une amie chère nous donne de temps à autre de ses nouvelles, partage ses errances, ses aventures. Les chansons sont autant de cartes postales adressées au fil de ses haltes sur une carte du Tendre.
Elle nous ballade d'impressions en impressions, capable du meilleur comme du pire, selon les affinités de chacun. Insaisissable. Libre.
Si je devrais résumer son art d'une formule, je dirais qu'un grand nombre de ses chansons s'apparentent à des "il était une fois..." Ce qui la place dans la lignée des grands songwriters américains, tels Joni Mitchell ou Bob Dylan, ce qu'a d'ailleurs reconnu le New York Times en mai 2026 ou encore la Bibliothèque Nationale des USA qui a placé 1989 dans la liste des oeuvres à préserver pour les siècles à venir.
Et oui... Taylor figure d'ores et déjà dans le panthéon des intouchables.
Autre point : Taylor Swift a produit quelques uns des meilleurs clips de l'Histoire de la pop. Que dire de :
Bref, le phénomène Taylor Swift dépasse largement ce qui peut être perçu au premier abord, lorsque des rangées de fans (respect à leur égard !) fredonnent à l'unisson les refrains écoutés en boucle dans leur chambre à coucher.
Taylor Swift est une artiste authentique, suprêmement touchante, ultra douée, mais aussi une personne que l'on se plaît à spontanément apprécier, qui a le don de nous faire partager ses émois, inquiétudes, résistances, désillusions et revanches.
Dans ce livre, vous allez découvrir ces facettes et appréhender la grandeur d'une Superwoman attachante.
S'il fallait la résumer en quelques mots, nous aurions : libre, passionnée, revancharde, intrépide, inoppressable…
Toutefois, le terme le plus approprié serait : sincérité. Jamais elle ne triche. L'authenticité est son aura.
En raison de son succès planétaire, Taylor Swift est parfois perçue de façon superficielle.
En tant qu'auteur de plusieurs biographies musicales ( Madonna, Michael Jackson, Téléphone, Rolling Stones, Coldplay…) et grand amateur de musiques, je la perçois comme une artiste à part entière, qui a le don de m'émouvoir.
Avec une capacité à toucher intimement son public, en nous offrant un miroir de nos propre vies.
Elle est une auteur/compositeur de talent, incroyablement prolixe, touchante, inspirée, sincèrement attachante.
Capable de tisser des atmosphères où elle nous englobe dans son univers émotionnellement riche.
Taylor Swift nous invite dans ses jardin secrets, et surprise, elle fait écho à notre propre jardin secret.
A chaque fois, que j'ai réalisé une biographie, il m'est apparu qu'une célébrité parvenait à ce statut parce que, au-delà des aspects créatifs, elle manifestait des traits de caractères appréciés de la plupart d'entre nous, mais à un degré exacerbé.
Cet aspect ressort suprêmement pour ce qui est de Taylor Swift.
L'essence de Taylor Swift réside dans sa capacité à valoriser ceux qui l'entourent, ceux qu'elle croise, à leur accorder le droit d'être ce qu'ils sont, avec une prévenance et une générosité authentiques. Les fans ne s'y trompent point.
Qui suis-je ? Daniel Ichbiah, écrivain et journaliste. J'ai réalisé de nombreuses biographies par le passé dont plusieurs qui ont connu un succès notable :
Cette biographie s'adresse autant aux fans qu'aux lecteurs curieux de comprendre ce phénomène culturel hors norme.
Certes, Tay Tay apparaît comme une personnalité mythique comme ont pu l'être Marilyn Monroe ou Jackie Kennedy, avec quelque chose de surnaturel qui semble dépasser la personne elle-même.
Cette allure glamour pourrait amner à négliger l'oeuvre d'une artiste qui a le don de nous accueillir, sans avoir l'air d'y toucher, dans des univers d'une folle poésie.
(...)
Durant l'année 2011, elle poursuit son œuvre d'écriture. Elle dispose désormais de 24 chansons. Et puis un soir d'automne, lors d'un voyage en avion sur sa tournée, elle donne naissance à un titre enlevé avec un feeling à la Shania Twain : "Red". Elle y évoque un amour aussi vibrant qu'une Maserati lancée à vive allure, mais pourtant voué à se consumer et qui est demeuré trop intense pour qu'elle cesse d'y penser. La chanson évoque très probablement la relation avec Gyllenhaal.
Ce soir là , après le concert, elle rend visite au producteur Nathan Chapman. Elle ne s'attend pas à une telle réaction.
"Quand je lui ai joué 'Red', cela l'a bouleversé. Les paroles l'ont sidéré. "
Galvanisée, elle appelle Borchetta qui est encore au bureau à cette heure tardive, et il manifeste le même engouement.
"Il m'est impossible de décrire combien je me sens vivante mais aussi utile, lorsque j'achève une chanson et que les gens l'apprécient. C'est la satisfaction ultime" écrit alors Swift dans son journal personnel.
Hélas, Borchetta a une réticence. S'il trouve la chanson brillante, il estime que la production n'est pas à la hauteur.
"Il lui faut un son pop."
Chapman et Swift se remettent à l'œuvre. Le tempo speedé, les effets électroniques sur les voix visent à réduire l'atmosphère country initiée par le banjo d'ouverture. Mais Borchetta ne trouve toujours pas son compte. Il finit par lâcher le nom clé :
"Il faudrait une touche à la Max Martin".
Max Martin ? C'est une légende vivante de la pop à l'instar de Spielberg dans le cinéma. Avec l'allure d'un viking, ce génie suédois a été le maître d'œuvre d'un nombre impressionnant de tubes mondiaux comme "Baby one more time" de Britney Spears, "Moves like Jagger" de Maroon 5, et d'autres de Katy Perry, Pink ou Backstreet Boys.
Taylor ne sait que penser. Elle va reconnaître par la suite que
"'Red' est la chanson qui m'a fait sentir qu'il fallait quelque chose de différent."
"L'une de mes craintes étaient que les gens puissent dire que mes chansons sonnaient toutes pareillement. Il fallait que je m'extraie de ma zone de confort, que j'ouvre de nouveaux horizons."
Partagée entre sa fidélité envers Chapman et ce besoin de renouvellement, Swift lui confie tout de même la moitié de l'album. En parallèle, elle fait venir de nouveaux collaborateurs tels que le chanteur Ed Sheeran mais aussi le producteur Butch Walker sur le mélodieux "Everything has changed".
Collaborer avec Max Martin est une autre paire de manches. Il est à la fois célèbre comme producteur et auteur compositeur émérite. Le viking a aussi la réputation d'être perfectionniste et méticuleux, au point de faire subir à certains artistes une expérience stressante. Par ailleurs, lui confier la réalisation de certains titres de l'album Red est en mesure de surprendre le public qu'elle a acquis. Taylor Swift sait toutefois qu'à ce stade de son évolution, un chamboulement est nécessaire. Elle finit par appeler le producteur suédois. Elle reconnaît qu'elle est craintive à l'idée de lui faire appel mais elle sait au fond d'elle-même qu'il va en sortir quelque chose de grandiose.
La première séance qui a lieu à Stockholm à la fin de 2011, en compagnie de Shellback, le bras droit de Max Martin, lequel manifeste une énergie explosive, est épique. Taylor a expliqué qu'elle est venue avec "un sentiment d'urgence créative mais sans savoir exactement où aller."
- Quelle est l'émotion la plus brutale que tu ressens en ce moment ? demande simplement Martin.
- Une rupture dont je ne parviens pas à me remettre.
- Partons là-dessus. Dis m'en davantage.
Une alchimie se produit alors. Taylor se raconte, sans filtre, comme à l'accoutumée, et Martin note ce qu'elle dit tout en ponctuant de ses propres idées :
"ça c'est un refrain", "ce mot, il faut le garder, il est puissant !", "là, il y a trop de syllabes, il faut que tu raccourcisses tout en conservant le même message"…
La chanteuse commence à improviser une mélodie et Shellack, déchaîné, s'empare alors d'une guitare pour mieux la suivre. Taylor Swift est médusée : elle vient de trouver deux alter ego créatifs. Avec la nuance que Martin aime surprendre.
Sarcastique et cathartique, la chanson "We are never getting back together" (Il n'est pas question que l'on se remette jamais ensemble) émerge de ces échanges. Elle n'en revient pas : jamais elle n'a créé un tube aussi vite ! Vindicative mais aussi ludique, notamment lorsqu'elle scande "never", "never", "never", la chanson "We are never getting back together" pour beaucoup, va sonner comme un hymne de défi envers les ex qui se seraient mal comportés.
En réalité, le trio va ainsi élaborer trois chansons de l'album Red :
Swift va comparer Martin et Shellback à des "sorciers de la pop" :
"Pour la première fois, j'ai réalisé que ces gens pensent d'une manière à la fois mystique et magique : ils savent rebondir sur une accroche. J'ai ressenti le challenge d'écrire en leur compagnie."
(...)
Choisir 10 chansons dans la discographie dans une oeuvre aussi riche que celle de Taylor Swift est une épreuve en soi. Ce qui m'a donné envie d'indiquer 10 titres est que malgré son succès historique, l'artiste est parfois méconnue chez nous et donc, certains me demandent quels titres il faudrait écouter pour se faire une meilleure idée. Voici une sélection très subjective.
Cette chanson qui clôt l'album Folklore est une des plus poétiques qu'elle ait écrites. Elle fait référence au Lake District, une région du nord-ouest de l’Angleterre, célèbre pour ses lacs, collines et paysages sauvages et mélancoliques. Ce lieu est considéré comme le berceau du romantisme anglais.
Quand Taylor Swift chante :
“Take me to the lakes where all the poets went to die”
Elle évoque des écrivains romantiques du XIXème siècle tels que William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge qui s'étaient retrouvés à Lake District afin de se retirer du vacarme de la ville.
Elle revendique son aspiration à la paix, le rejet du bruit, de la superficialité. Lorsqu'elle dit :
"I’m setting off, but not without my muse" / « Je pars (ou Je me mets en route), mais pas sans ma muse. »
elle exprime le besoin de quitter les villes et de retrouver un calme intérieur. Certains critiques ont considéré que "The lakes" était la chanson la plus européenne de Taylor Swift.
Avant tout, "The lakes" me séduit pour ses violoncelles et violons mélancoliques qui installent une sensation de profondeur, les quelques touches de piano, et sa mélodie propice à l'évasion de l'âme. Elle me touche à chaque écoute et tisse un lien mystérieux vers cette facette romantique de l'artiste.
"Anti-hero" est une chanson quasi irrésistible. Tout est réussi : la mélodie, la production, l'histoire, le clip, le second degré que la chanteuse assume sur elle-même...
"Anti-hero" marque une rupture dans l'image que pouvait renvoyer Taylor Swift. Aux alentours des années 2000, dans des chansons comme "Dear John" ou "You belong to me", elle apparaissait comme la fille vulnérable et bafouée, qui usait de sa plume pour répliquer à celui qui avait pu la blesser.
A présent, la situation est autre. Taylor Swift renverse la situation et se présente comme "le problème".
“It’s me, hi, I’m the problem, it’s me
Ce refrain obsédant va entrer dans le langage courant. La chanson évoque la peur d'être jugée, le sentiment que certains peuvent parfois ressentir d'être leur pire ennemi; elle assume ses défauts, ses contradictions et sa fragilité et se regarde sans complaisance. Au fond, elle préfère être comprise qu'aimée à tout prix. Il est vrai qu'elle n'a plus rien à prouver. Un grand nombre d'auditeurs vont se reconnaître dans ces mots. Une fois de plus, elle exprime ce que certains peuvent ressentir sans jamais le formuler.
Réalisé par Taylor Swift, le clip qui joue sur des couleurs vives, presque cartoon, pousse plus loin encore l'autodérision. Il fonctionne à la manière d'une fable satirique. Elle y apparaît sous plusieurs versions d'elle-même qui semblent avoir du mal à cohabiter : une Taylor géante, une autre qui s’insulte dans un miroir, ou une, qui, dans une scène comique, observe ses héritiers se déchirer sur son héritage.
Ce titre a été son plus gros succès au niveau de l'Amérique (n°1 durant 10 semaines au Billboard) et au niveau mondial (2 milliards d'écoutes sur Spotify). Certes, si l'on s'en tient aux ventes physiques, "Shake it off" (2014) s'est écoulé bien davantage, mais l'époque favorisait encore les singles au streaming.
Une chanson cathartique... Le cri de révolte d'une femme abusée, devenue samourai. Le vilain de l'histoire s'appelle Kanye West. Un an plus tôt, le rappeur, aidé de sa complice Kim Kardashian, a piégé Taylor Swift. Il l'a d'abord traitée de "bitch" dans un clip sulfureux, "Famous". Face aux protestations de la chanteuse, Kardashian a publié une vidéo astucieusement montée, laissant à penser que Taylor aurait donné son accord à ce morceau. Il en a résulté un déferlement de haine sur certains réseaux sociaux.
Avec "Look what you made me do", Swift a accompli un tour de force historique. elle renverse la situation et pourfend West.
Émaillé de scènes satiriques, d'allégories fantastiques mais aussi de savants entrechats, le clip est ravageur, comme une éruption salvatrice.
Sur le finale, une série de Taylor Swift sont alignées. Le mot "salope" est prononcé par l'une d'elles et choque une autre. Une Swift à l'ancienne, style country girl, fond en larmes tandis qu'une autre, en femme du monde, hausse les épaules et déplore que sa consoeur joue les victimes… Coup de maître !
"Look what you made me do " sonne comme un pamphlet, un "J'accuse", appelé à être scandé par les foules.
En février 2011, alors qu'elle entame les séances relatives à son 4ème album, Red, Taylor Swift sort d'une relation sentimentale qui l'a laissé désemparée. A l'automne 2010, elle avait entamé une relation fusionnelle avec Jake Gyllenhall. La rupture, intervenue à la fin 2010 a laissé des séquelles. Elle ne trouve plus l'inspiration pour écrire.
Pourtant, au terme d'une période de six mois de "sécheresse créative" naît ce titre, qui va modifier en profondeur l'image de l'artiste. Elle est née de façon inédite lors d'une jam session de 10 minutes sur scène, durant les répétitions du Speak Now Tour.
"All to Well" s'apparente à un mini-film et fait surgir un tourbillon de réminiscences des moments partagés :
Taylor tente de comprendre comment une passion aussi forte a pu se diluer. Elle tourne ainsi autour des flashbacks, sans trouver l'apaisement.
Plus loin, elle se lance dans une contre-attaque en règle :
" Et tu me recontactes une fois de plus,
juste pour me briser comme on rompt un serment,
D'une cruauté désinvolte, derrière l'excuse de la franchise."
Pourtant, elle nous dit que le temps ne s'envole pas, qu'il induit une forme de paralysie.
"All to well" a représenté un tournant dans l'approche de Swift. Les émois adolescents ont laissé place à la romance d'une jeune adulte.
Avec "All too well", Swift s'inscrit dans la lignée d'une artiste raffinée et contemplative comme Joni Mitchell. Elle-même a reconnu que l'album Blue de Joni Mitchell avait fait naître des larmes et il est possible qu'elle en ait tiré des influences.
Le magazine Rolling Stone a estimé que "All too well" était la meilleure chanson jamais écrite par Taylor Swift.
"Fortnight" ouvre l'album Tortured Poets Department. Taylor Swift y décrit une relation passée qui continue d'exister sous une forme insolite : les deux ex-amants conservent une liaison diffuse au niveau spirituel comme si une version parallèle continuait de se dérouler en secret.
C'est donc une chanson autour de ce qui reste après l'amour. La production, minimaliste et feutrée, repose sur une rythmique discrète, et la mélodie semble tourner sur elle-même. La voix du chanteur Post Malone donne donne l'impression d'un narrateur fantôme, qui comme elle partage l'ombre d'un souvenir diffus.
Réalisé par Taylor Swift, le clip en noir et blanc nous emporte dans une fiction improbable, en noir et blanc, intrigante et mystérieuse. Il impose dès la première image une esthétique expressionniste, initialement inquiétante - elle est attachée à un lit au sein d'une institution si ce n'est que l'on découvre que ce lit est en hauteur. Elle se détache pour s'installer dans une salle administrative, assise à une machine à écrire, face à Post Malone qui apparaît comme un personnage de film à la 1984. D'autres séquences évoquent ce qui reste de la relation passée, comme un mélange d'affection et de retenue.
"Fortnight" est le morceau annonciateur d'un album introspectif, sorte de journal intime, doté d'une séduction tranquille. Le public allait-il suivre ? De façon étonnante, "Fortnight" est entré directement n°1 du Top 100 américain et l'album Tortured Poets Department, bien que fort éloigné du son d'un disque pop, est resté 10 semaines en tête des charts.
Cette chanson est ma favorite de l'album The life of a showgirl. Elle met en valeur les qualités de compositrice de Taylor Swift, qui surfe ici sur une esthétique européenne, tout en nuances et touches légères.
La mélodie repose sur une ligne musicale fluide et enlevée, qui se suffit à elle-même. La voix se fond dans le maillage sonore, très feutrée, tout en douceur, induisant une tranquille intimité. Comme si elle se confiait à elle-même.
La chanson évoque les rêves que peuvent entretenir des célébrités (une vie de luxe, un physique parfait, un yacht, une Palme d'Or à Cannes...) alors qu'elle exprime des désirs plus simples, non artificiels : ne pas être jugée, vivre la relation avec son amoureux…
La chanson évoque donc ce contraste d'être sous les projecteurs du monde entier alors qu'elle aspire à une forme de normalité :
I just want you
Have a couple kids".
C'est ma chanson préférée de l'album The life of a showgirl et j'ai été pour le moins (agréablement) surpris d'apprendre qu'il en était de même pour Taylor Swift elle-même.
Quel clip ! "Blank Space" qui sort le 10 novembre 2014, fait référence à sa réputation de "croqueuse d'hommes".
Avant tout le clip fait sensation : théâtral, incrusté dans le décor d'un manoir fastueux accueillant de monumentaux escaliers et entouré de jardins à la française, il met en scène Taylor Swift en bourgeoise "folle et obsédée par la vengeance" vis-à-vis de son compagnon, interprété par le mannequin, Sean O'Pry. Il fourmille de références : pomme croquée, portrait lacéré, voiture de luxe qu'elle fracasse... Nous passons du conte de fées au mélodrame. L'atmosphère évoque Stanley Kubrick.
La chanson apparaît comme une satire de son image médiatique.
C'est son plus gros tube et il est vrai que l'impact de ce titre est fantastique.
La chanson "Shake it off" est une réponse aux médias qui ne cessent de décortiquer son actualité :
"Chaque partie de ma vie a été disséquée - mes choix, mes actions, mes mots, mon corps, mon style, ma musique… Je suppose que la façon dont je gère cela est de 'shake it off' (secouer ça)."
"Shake it off" est le clip qui a été lancé en août 2014 afin d'exposer au monde la nouvelle Taylor Swift, popstar.
La vidéo, avec ses multiples incarnations comme danseuse maladroite mais acharnée au milieu de danseurs chevronné de ballet ou de hip hop, est un manifeste à part entière de sa nouvelle incarnation. Juste après la diffusion du clip, elle se lève spontanément et entame une danse entraînant les fans présents avec elle.
Le single est entré directement à la première place du Billboard Hot 100. Il est resté dans ce top 100 pendant 50 semaines consécutives.
C'est une des plus magnifiques mélodies composées par Taylor Swift. Cette chanson qui clôt l'album Midnight est d'une joliesse envoûtante. Elle démarre sur une boucle de synthé quasi hypnotique sur laquelle la chanteuse déploie une phrase musicale d'une immense séduction. A elle seule, elle distille l'envie de réécouter l'album puisque nous sommes amenés à le quitter sur cette apothéose esthétique.
La chanson évoque une relation amoureuse qu'elle aurait contrôlée de bout en bout, d'où le titre de "Mastermind". Toutefois, elle laisse entrevoir que cette sensation de planifier les événements n'a peut-être été qu'une illusion.
L'impression de mystère ne fait que renforcer le goût de "revenez y".
"Mastermind" est un morceau optimal à faire écouter à celui qui voudrait découvrir Taylor Swift,.
Cet autre titre de l'album The life of a showgirl est révélateur d'un aspect pour le moins étonnant de Taylor Swift. Au fil des albums, elle a développé un réel talent de compositeur mais aussi un sens de la mise en scène dans ses chansons.
Pour cette chanson émouvante, Taylor s'est entourée de ses idoles d'enfance, les Dixie Chicks un groupe de trois chanteuses/musiciennes qui enrobent "Soon you'll get better" de leurs suaves harmonies vocales, violons et banjo.
La chanson des Dixie Chicks, "Cowboy Take Me Away" a été l'une des premières chansons que Taylor Swift a appris à la guitare.
"Soon you'll get better" fait référence à la rechute de santé de sa mère Andrea. Il en résulte un texte émotionnel à tel point que Taylor s'est demandé si elle devait réellement inclure ce titre sur l'album Lover.
1. Midnights
2. Lover
3. 1989
4. The tortured poets department
5. The life of a showgirl
6. Folklore
7. Red
8. Evermore
9. Reputation
10. Fearless
A mon sens, n'est pas pas seulement le meilleur album de Taylor Swift, c'est probablement, à ce jour, le meilleur album du siècle.
La réalisation de Midnights est d'une rare intelligence. Le maillage sonore ne cherche jamais à voler la vedette au texte ou à s'inscrire dans une quelconque esthétique du moment. Il en résulte un album hors du temps, hors des modes. La matrice musicale est tissée d'une même matière : des synthés feutrés, des percussions discrètes et lointaines, une voix qui s'immisce de façon harmonieuse dans cette fusion élégiaque. Ce n'est pas tant un album de chansons qu'un univers acoustique. Quand bien même la production pourrait sembler minimaliste, elle s'avère particulièrement fouillée et subtile, tout en conservant d'un bout à l'autre, une cohérence parfaite.
Un grand nombre d'albums brillent par certains morceaux, explosent au niveau de certains singles précis. Midnights, quand bien même il accueille l'un de ses plus grands tubes, 'Anti-hero', fonctionne comme un espace sonore continu.
Midnights n'est pas un album qui se livre au premier instant. On peut l'écouter à tout moment et découvrir qu'il gagne en profondeur et en influence émotionnelle au fil des ans, et qu'il entre toujours davantage en résonance personnelle.
Au niveau du texte, Midnights se distingue par sa justesse, sa densité émotionnelle et son intelligence narrative. Taylor égrène des réflexions souvent incomplètes et parfois contradictoires, des phrases qui ressemblent à ce qu'on se dit à 3h du matin.
C'est une oeuvre sans pareille et sans doute l'album à conseiller à ceux qui ne connaîtraient pas trop le répertoire de la chanteuse.
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Daniel Ichbiah en quelques mots.
Ecrivain et journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et la musique, j'ai été deux fois n°1 du classement général des ventes.
Avec :
et n°3 avec
Michael Jackson, Black or White ?
(en décembre 2014)
En tant que journaliste, j'ai été rédacteur en chef de Comment ça marche et de Starfan. Je collabore régulièrement au magazine Futura
Michael Jackson, Black or White ?
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