Rock Vibrations

L'histoire des grandes chansons du rock - Daniel Ichbiah

Edtion NP - 2003 | Camion Blanc - 2009 (2ème édition) | Version eBook - 2012

Rock Vibrations - daniel Ichbiah


L'histoire des grandes chansons du rock

Rock Vibrations | L'histoire des grands tubes du rock.

 

Satisfaction, Stairway to Heaven, Hotel California, Smell like teen spirits, Sultans of swings, Paris s'éveille, Like a Rolling Stone, Walking on the moon, Un autre monde...

Ces chansons sont davantage que des chansons.

Ce sont des œuvres devenues mythiques, qui appartiennent à la légende du Rock.

Elles sont entrées dans nos vies, y ont déposé un peu de paradis et tissent un fil d'Ariane invisible entre des millions de fans du rock.

Les grandes chansons du rock ont quelque chose de particulier. Une perfection, une grâce, un sens du drame ou de l'harmonie qui semblent relever de la magie. À jamais magnifiques, elles semblent résider hors du temps.

 

 

C'est l'histoire de ces monuments du rock, de ces petits moments d'éternité musicale que j'ai voulu vous conter.

Comment ont pris forme Vertiges de l'amour du regretté Bashung, Hotel California, Sultans of Swing, Paris s'éveille… ?

Au fil de mes recherches, j'ai reconstitué le puzzle de tels succès des Stones à Nirvana en passant par Bashung. Riche en révélations, émaillé de témoignages exclusifs, ce document d'exception nous entraîne au cœur de chansons qui ont marqué notre existence et restitue, pour chacune, l'époque qui les a vu naître.

En contant l'élaboration et les sagas de hits légendaires, je vous convie à revivre le frisson de la grande histoire du rock.


Les chansons chroniquées : l'introduction de chaque chapitre

Satisfaction

Rolling Stones

I can't get no !…

Les Stones déterraient la hache de combat, tambourinaient sur le sol rocailleux et secouaient la poussière tout en déferlant sur la plaine, une cavalcade ponctuée de leurs cris martiaux. Secoués en pleine sieste, affolés par la soudaine bourrasque, les bourgmestres ne pouvaient que redouter que là où ils passaient, l'herbe ne repousserait pas. Si la rock attitude allait devenir plus revêche et pétaradante, ces cinq chevaliers de l'orage n'y furent pas étrangers.

Qu'importe s'ils ont un goût de tumulte… Ceux qui savent toujours tout ont tranché : ils n'étaient pas taillés pour durer. Qui pouvait bien parier un maigre penny sur leurs chances de survivre à leurs excès ? Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison n'avaient-ils pas été emportés, tour à tour, par la lame de fond ? Qui pouvait croire qu'ils dureraient ainsi, narguant les tentatives d'érosion d'un redoutable effaceur baptisé le temps, déploré par Ferré et traité d'assassin par Renaud ? Et quand bien même ils défieraient les années, qui pouvait imaginer qu'ils demeureraient populaires, résistant aux modes successives et à la cohorte des balourds qui auraient le mauvais goût de les congédier à la hâte sous prétexte qu'ils ne seraient plus au goût du jour ?

L'infernale permanence des Stones a été un pied de nez à l'interminable liste des esprits chagrins qui se sont autorisés à leur dicter une voie de sortie. La langue tirée, devenue leur symbole depuis 1971, est à jamais dardée vers ces sinistres oiseaux. Si d'aventure, un gringalet s'abandonnait à son tour à de tels avis d'expert sur les papys du rock, qu'il y médite à deux fois. L'oubli efface le ridicule de la mémoire collective mais il demeure comme une tache sur le front de celui qui l'a portée, miroir de sa propre vanité.

Les actes de gloire du plus grand groupe de rock'n'roll de tous les temps suffisent à asseoir leur dignité, leur inscription dans le Walhalla. Ils portent pour nom " Sympathy for the Devil ", " Honky Tonk Women ", " Angie ", " Start me up "… Et puis aussi, l'une des chansons les plus imparables que le Poséidon musical ait jamais craché :

" Sa-tis-fac-tion " !

(...)

Like a Rolling Stone

Bob Dylan

La scène se passe le 17 mai 1966 au Free Trade Hall de Manchester en Angleterre. Bob Dylan a démarré son concert de manière traditionnelle, entonnant "She belongs to me", avec sa guitare acoustique. Il a enchaîné sept ballades, concluant la première partie de son set avec le savoureux "Mr Tambourine Man".

Après une courte pause, le barde aux cheveux touffus est réapparu entouré d'un groupe au complet ; les Hawks. Il a alors entonné un "Tell me Mama" volcanique, que n'auraient pas renié les Stones. Le sage public venu se recueillir des mélopées du grand prêtre du folk n'est pas prêt à accueillir une telle furie sonore… Dylan affronte huées et sifflets, une cacophonie d'animosité, un tir de barrage condamnant sans appel ce virage électrique.

Imperturbable, le chanteur et ses braves Hawks poursuivent leur prestation, recouvrant les cris et insultes sous un mur sonore. Entre chacun des morceaux, les applaudissements sont d'une molle langueur, presque exsangues. Dylan poursuit son offensive, recyclant d'autres morceaux de son répertoire folk, recuisinés à la moulinette électrique : "I don't believe you", "Baby, let me follow you down", "Just like Tom Thumb's Blues"… À la fin de cette chanson, une certaine Barbara, fan de la première heure, s'est levée et a gagné le bord de la scène afin de glisser un petit mot rédigé sur le tas :

" dites à l'orchestre de rentrer à la maison ".

Une intervention saluée par une salve d'applaudissements. Le plus fracassant reste à venir.

Au balcon, un garçon de 20 ans, Keith Butler, bouillonne de rage retenue. Dylan est-il en train de lui voler sa jeunesse ? Cet étudiant américain adulait tant les premières chansons du Dylan originel que son premier chèque de bourse a été consacré à l'achat d'une guitare acoustique. Seul dans sa chambre, il s'est patiemment entraîné à jouer " Baby, let me follow you down ", l'un des morceaux que Dylan vient de transfigurer ce soir là… Butler ne supporte pas le sacrilège que le maître inflige à ses tranquilles ballades…

Alors que Dylan s'apprête à entamer son tout dernier morceau, le théâtral " Like a Rolling Stone ", Butler a exorcisé sa grogne, hurlant d'une voix claire et dégoûté, un odieux anathème :

Judas !

(...)

Eleanor Rigby

The Beatles

"Eleanor Rigby" est une pièce musicale issue d'une autre galaxie, une ode tranquille à l'errance, un regard sur le temps qui passe… Inclassable, non reproductible, d'une somptueuse élégance, cette magnanime ballade sonne l'entrée des Beatles et à travers eux du courant de la pop music dans le club des prétendants à l'immortalité artistique.

Quelques signes avant-coureurs avaient précédé cette miraculée… Déjà dans "Yesterday", Paul s'était entouré d'une formation à cordes pour déclamer quelques vers en guise d'adieu à sa bien aimée. George Martin, le brillant producteur, n'avait pas jugé utile de faire intervenir les autres Beatles sur ce fragment de mélodrame caressé par un violoncelle de fin de nuit. Sur "Norwegian Wood", George Harrison avait placé le sitar en perspective, enrichissant cette ballade de sonorités méconnues en occident. Mais la transformation majeure avait eu lieu en cette année 66, lors de la gestation de l'album Revolver qui allait marquer le tournant de ce courant musical issu du rock et baptisé pop. "Eleanor Rigby" préfigure les savantes recherches orchestrales de Sgt Pepper's qui paraîtra une année plus tard. Cette chanson mythique a ouvert une brèche, élargi un creuset, instauré une autre idée de la beauté…

Choisir le titre le plus remarquable d'un groupe aussi prolifique que les Beatles peut sembler vain. Parmi le florilège de classements des meilleures chansons du 20e siècle apparus autour du millenium, il est courant de trouver " Yesterday ", " Hey Jude ", et parfois aussi " In my life " (dans la liste publiée par le mensuel anglais Mojo en août 2000). Si l'on interroge les fans du groupe le plus populaire de tous les temps quant à leur morceau préféré, ils égrènent pêle-mêle " Something ", " Here there and everywhere " (4e du classement de Mojo évoqué plus haut), " A day in the life ", " I am the walrus "…

" Eleanor Rigby " ressort souvent comme la favorite de nombreux musiciens d'hier et d'aujourd'hui. À quoi bon chercher une quelconque logique en ce domaine de l'attachement à quelques minutes d'intemporalité ? Comme s'il était possible de distinguer la plus belle fleur d'une plantation qui en regorgerait. L'abondance a été le trait marquant des Beatles et ce fait est d'autant plus étonnant que sa carrière fut courte - huit années en tout et pour tout - et que la partie la plus florissante (de la mi 1965 à la mi 1969) n'a duré que quatre années. C'est sur un peu moins d'une moitié de décennie que furent engendrées leurs œuvres les plus extraordinaires, des délires baroques de " Strawberry Fields Forever " à la plénitude recueillie de " Let it Be ". Qui d'autre a jamais composé et réalisé tant d'œuvres marquantes sur une période aussi courte ?

(...)

Melody Nelson

Serge Gainsbourg
Serge Gainsbourg

- Vous avez des jumeaux, avait déclaré le docteur.

La jeune femme dont il venait de palper le ventre s'appelait Olga. Quelques semaines plus tôt, elle avait été tentée de mettre fin à cette nouvelle grossesse mais au pied du mur, elle n'en avait pas eu le cœur. Son premier né, Marcel, avait pris de très longues vacances au royaume des anges, dès l'âge de seize mois et l'arrivée de la petite Jacqueline ne l'avait consolé qu'en partie - dans son échelle de valeurs, les gamines ne comptaient point. À présent, elle savourait la perspective de mettre au monde deux robustes petits gars.

Olga était l'épouse de Joseph Guinzburg et tous deux avaient fui leur Russie natale en proie à la guerre civile. Après avoir débarqué à Marseille avec de faux papiers fabriqués à Istanbul, ils s'étaient installés à Montmartre et Joseph monnayait ses talents de pianiste dans des cabarets.

Lorsque était arrivé le jour J, Olga avait d'abord subi une profonde déconvenue : c'était une fille qui était apparue… Malgré elle, la maman était tombée en pleurs. La perspective d'élever une sœur aîné et deux jumelles ne l'enchantait aucunement.

Il était alors arrivé, royal, opérant un lever de rideau remarqué, un petit gavroche miraculé qui ne s'appelait pas encore Serge. Pour un artiste de cette trempe, il était impossible de rater son entrée.

(...)

Stairway to Heaven

Led Zeppelin
Led Zep

There's a lady who's sure all that glitters is gold... (Il est une dame qui est persuadée que tout ce qui brille est or...).

Ceux qui ont appris à jouer de la guitare rock ou folk ont tôt ou tard égrené la fameuse introduction de "Stairway to Heaven". Son auteur, Jimmy Page est universellement considéré comme l'un des plus grands démiurges de la guitare électrique, mais on oublie trop souvent qu'il fut aussi un surdoué de l'acoustique. La dizaine d'albums du Led Zeppelin sont là pour nous le rappeler, la guitare sèche étant bien souvent déployée dans le summum de sa splendeur. Si "Stairway to Heaven" est demeuré le morceau phare, passage obligé des guitaristes débutants, "Bron-Yaur-Stomp" ou "Tangerine" sur l'album III sont des perles où Page démontre une science harmonique étonnante, tout en s'aventurant dans un picking audacieux.

Page est un sorcier. Evidemment, son art n'a jamais été aussi éclatant que lorsqu'il empoigne sa Les Paul pour en tirer des éclairs de furie, en savant inspiré de la fée Electricité. Si la musique du Zeppelin a traversé les époques en gardant intact son rayonnement, c'est en grande partie grâce à la puissance de feu de cette guitare débridée. Encore aujourd'hui, lorsque la FM s'aventure à glisser un morceau du combo, il est difficile de ne pas marquer une pause pour tenter - en vain - de comprendre d'où viennent ces notes qui giclent d'un instrument non répertorié dans le catalogue terrien. S'agit-il d'une guitare ou bien est-ce quelque instrument inconnu légué à Page par un initié venu d'une autre planète ? Nul ne le saura jamais.

Jimmy Page est le guitar hero par excellence, issu d'une génération opulente qui a largué sur son sillage une incroyable brassée de monstres sacrés : Jimi Hendrix, le sorcier des effets, Jeff Beck le flibustier solitaire, Eric Clapton, la main savante du blues… " Stairway to Heaven " représente une sorte de quintessence de la poésie rock, une carte de visite de la guitare, tout d'abord délicieusement acoustique, suavement électrisée sur la longueur, entamant quelques ascensions vers le passionnel afin de se lâcher plus tard, explosive et hallucinée, dans un de ces solos ardents à même de de tailler une brèche dans l'interstellaire et anéantir les limites de l'hypersonique. Seul un émule de Houdini, Flamel, ou de Mandrake pouvait ainsi aguicher sereinement le tout venant pour insidieusement faire dériver sa barque vers ces chutes vertigineuses …

(...)

Paris s'éveille

Jacques Dutronc
Jacques Dutronc

Il était une fois une nonchalance, timidité maladive recouverte d'un paravent de fausse insensibilité, une lassitude travestie en gaîté de surface, une indolence portée comme une armure de papier calque… Une attitude endossée, revêtue comme un uniforme jusqu'à ce qu'elle devienne une seconde peau. Il s'appelait Dutronc. Enfant gâté de l'existence, il avait évoqué la vie quotidienne des français moyen, raillé le quotidien des playboys de profession, rendu hommage à toutes les filles avant de susurrer d'une voix presque absente la plus belle des chansons écrite sur Paris. Qu'ils soient lycéens ou lycéennes, employés attendant leurs chèques de fin de mois ou pitoyables chasseurs de lapin, tous l'avaient adopté comme un lointain cousin affectionné à défaut d'être bien cerné. Ce placide en costume s'abritait dans une insoutenable légèreté. Mais Dutronc était suffisamment doué pour assurer le service minimum et décrocher la timbale.

Ils étaient une dizaine de jeunes gens à se réunir en 1956 au square de la Trinité, non loin du temple de la musique rock en émergence, le Golf Drouot. Le membre éminent de la bande s'appelait Jean Philippe Smet (futur Johnny Hallyday) et l'on pouvait l'apercevoir, assis sur un banc, en train de gratter sa guitare, aux côtés de Eddy Mitchell ou de Jacques Dutronc, entouré de ses deux copains Hadi et Jean-Louis.

Dutronc avait longuement pratiqué la guitare, s'essayant au répertoire de Django Reinhardt avant de tâter de l'électrique et l'oiseau était devenu un sacré bon musicien :

"Je jouais avec tous les doigts alors que pour les autres, utiliser deux doigts relevait de l'exploit, " s'est rappelé l'intéressé.

Lorsqu'ils ne passaient pas au Golf Drouot, Dutronc et ses potes (une formation baptisée les Cyclones) se produisaient à l'entracte dans des cinémas de quartier. Profitant de la mode des groupes yé-yé, ils étaient venus un jour rendre visite à Jacques Wolfsohn, directeur artistique chez Vogue.

(...)

Hotel California

Eagles
Hotel California

Fermez les yeux… Une arabesque se dessine, émaillée des entrechats de guitares espiègles, formant un ballet de libellules émoustillées, dressant une pyramide translucide dans le désert, versant un implacable nectar dans une coupe en offrande à la déesse Aphrodite.

" Hotel California " est un moment d'extase. Qu'importe si la chanson a souscrit un abonnement intemporel au royaume des ondes, obligeant à la retrouver inlassablement sur le plus anodin des trajets, elle conserve une aura parallèle au grand sablier, une aura qui la classe au firmament des intouchables. Modèle d'équilibre, il n'est pas une milliseconde qui ne reflète une atmosphère de délicatesse, chaque musicien glissant ses notes au moment opportun, sans abus ni fausse réserve : l'exacte pincée de guitare, en solo ou en arpège, acoustique ou électrique.

Les Eagles ont su tisser une œuvre qui s'est bonifiée sur la durée, à la manière d'un vignoble attendant son heure dans une cave obscure. Le temps a joué en leur faveur et bien des modes qui se sont succédées ont eu pour effet de les grandir comme par un effet de relativité. Tout comme dans l'hôtel California, une fois que l'on a posé ses bagages dans la demeure de ces fiers rapaces, il n'est plus possible de repartir.

Si le groupe a joui d'une cote d'amour aussi étendue, c'est parce qu'il réalisé un savoureux métissage entre deux des genres les plus populaires aux USA : le rock et la country teintée de folk. Avec des superpositions vocales ciselées et empruntées aux Beatles et autres harmonistes de génie. Une maestria enrobée d'un savoir-faire qui jamais ne fit défaut. Leur musique a représenté une synthèse idyllique, engendrant une sonorité appréciée de la majorité du public. Elle a parallèlement véhiculé un message, dont la chanson " Hotel California " est une splendide synthèse : quelque chose est en train de déserter notre mode de vie. Une certaine finesse, un attachement à l'authentique, ce qui a pu faire le charme de la contrée américaine était en train de s'en aller tandis que surgissent les distributeurs automatiques de boissons gazeuses et les néons vulgaires qui banalisent le décor…

(...)

Wuthering Heights

Kate Bush
Kate Bush

Elle est chez elle sous la Lune ou sous des cieux de brume, au milieu des feuilles déchiquetées comme à l'abri des fleurs pulpeuses, dans son élément sur le sable ou parmi les flocons de neige. Séductrice spontanée, son irrésistible chevelure rousse met en valeur sa peau d'une blancheur laiteuse. Kate est de l'automne et pareille aux feuilles qui se laissent dériver en tournoyant, le vent est son compagnon. Elle est universelle, sous une carapace qui la ferait croire hermétique au tout-venant.

Comment la dépeindre sans sombrer dans un tourbillon de métaphores, s'insinuer dans le monde d'Alice aux Pays des Merveilles, franchir le monde des glaces et traverser une porte temporelle ? Kate Bush est la reine des abeilles mais une souveraine délurée, attirée par la subversion. Elle est d'un autre siècle, baignée de romantisme et de frayeurs médiévales, et dans le même temps, d'une technoïde modernité, avec un soupçon d'heroic fantasy. La plus anachronique des chanteuses, elle n'a nullement besoin d'électrifier ses instruments pour faire naître une vibration. Kate Bush va jusqu'au bout de sa folie, exposant sur la terre brisée le château de cartes en démolition. Nul ne peut se comparer à elle, transcendantale Vénus dont la voix fendille les verres de cristal à des milles du lieu d'émission.

La capacité de métamorphose de Kate est sans borne. Elle est russe, martienne, diva d'opéra, savant déluré ou délicieuse damoiselle médiévale. Elle est aussi d'une beauté qui échappe aux canons classiques : racée, imprévisible, sculptée.

(...)

Sultans of swing

Dire Straits
Dire Straits

Ceux qui ont été proches de Mark Knopfler l'ont décrit comme un personnage charismatique, voué à réussir quoiqu'il advienne. Parmi les traits de caractères qui dérivent de son panache figure une maigre tolérance pour ceux qui ne sont pas à la hauteur de ses exigences. Son propre frère a eu à souffrir de cette impatience liée à une constante recherche de perfection. Méticuleux, Knopfler n'admet pas la médiocrité. À la suite d'une session sur une radio, l'organisateur a témoigné de son attention au moindre détail acoustique. Ce souci de produire un son de supérieure fidélité l'a mené vers le zénith avant de le conduire vers à une relative impasse…

Il avait toujours rêvé d'être guitariste, " comme d'autres veulent devenir pilote de course ou capitaine au long cours ". Dès l'âge de neuf ans, ce fils d'un émigrant hongrois s'escrimait devant une glace, une raquette de tennis à la main. Il lui a fallu patienter six longues années avant que son père ne lui offre une vraie guitare électrique, une copie d'une Fender rouge.

" Vers 14 ans, j'ai découvert le blues et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à harceler mon père afin qu'il m'achète une guitare. Tous les soirs, c'était ma rengaine : je veux une guitare, je veux une guitare… Je lui montrais des catalogues. Papa, regarde ça… "

Mark a finalement obtenu l'instrument rêvé, une solid body qu'il a obtenu en renonçant à une croisière d'une semaine. Il a effectué ses débuts sur ce modèle, avec les moyens du bord : en quête d'un ampli de fortune, il a vainement tenté de raccorder cette guitare sur le poste de radio de la maison qu'il a détraqué au passage. Comme d'autres adolescents de son époque, Mark Knopfler s'acharnait à reproduire le solo de Apache des Shadows. Bien qu'il fût gaucher, il s'est initié à la manière d'un droitier, récoltant au passage une grande agilité de la main gauche. En s'inspirant du jeu de bluesmen tels que Blind Willie McTell, Lonnie Johnson ou B.B. King et en expérimentant certains placements des doigts, il a développer sa propre technique, celle qui deviendrait ultérieurement le son Knopfler.

" Le fait de ne pas avoir d'ampli a été très positif d'une certaine manière… " a relaté Mark, évoquant ce qui l'avait mené sur un tel chemin.

(...)

Walking on the Moon

Police
Police

Elles tiraient sur leur fin, ces glorieuses années 70. Les formations qui avaient marqué l'ère baba cool commençaient à subir le contrecoup de la vague punk. Qu'ils s'appellent Crosby, Stills, Nash & Young ou Grateful Dead, les groupes de la vague hippie, avec leurs jolies voix en harmonie et leurs interminables soli de guitares étaient sur le déclin. Une certaine presse avide de brûler ce qu'elle avait encensé hier, les désignait d'un label peu flatteur : les " dinosaures " du rock.

Plaçant en exergue le non-professionnalisme revendiqué comme valeur, brandissant le slogan de l'énergie comme unique raison d'être, le courant punk qui tentait une relève avait été conçu dans le friable, avec la substance d'un cachet effervescent. En dehors du groupe Clash, peu d'ambitions artistiques venaient soutenir son manifeste nihiliste.

Passagers clandestins de ce chalutier en perdition, Police allait inciter à la sédition en transmettant un message codé de haute sophistication. Le groupuscule captait l'énergie brute du punk et relayait une onde trafiquée, enrobée d'accords trempés dans le jazz, d'entrechats de batterie et de lignes de basse ornementales.

Si Police fut l'un des groupes marquants de cette transition, sa carrière fut des plus brèves, s'étalant à peine sur cinq années. Juste le temps pour des fans trop vite sevrés de savourer cinq albums riches en nutriments reggae-rock.

(...)

Vertiges de l'amour

Alain Bashung
bashung

" Les mots sont sujets à se regrouper selon des affinités particulières lesquelles ont généralement pour effet de recréer à chaque instant le monde sur son vieux modèle. Mais ils méritent de jouer un rôle autrement décisif… " écrivait André Breton en 1924, dans L'introduction au discours sur le peu de réalité.

Annonçant une émancipation des locataires du dictionnaire, il invitait à une autre forme d'association :

" Qu'est ce qui me retient de brouiller l'ordre des mots, d'attenter de cette manière à l'existence toute apparente des choses ? Le langage peut et doit être arraché à son servage. "

En défit d'une telle filiation littéraire, le non-sens, le dadaïsme avaient rarement eu droit de cité dans la chanson d'expression française. Aux USA, Bob Dylan s'y était plongé dès 1965, émaillant certains textes d'une imagerie dont on peinait à repérer le fil conducteur. Dès 1967, John Lennon offrait un chef d'œuvre de poésie absurde avec la chanson " I am the walrus " et les Rolling Stones avaient enchaîné peu après avec " Jumpin' Jack Flash ". En France, Bobby Lapointe, en bon héritier de Ouvrard ou Boris Vian, avait maltraité les alexandrins, malaxé les mots, plaçant avec adresse calembours et contrepèteries. Mais en son époque, les " Avanie et framboise " et " Ta Katie t'a quitté ", de ce jongleur de la grammaire n'avaient touché qu'un public restreint.

Bashung a accompli une véritable révolution : faire entrer au Top, des textes trempés dans l'incohérent, un surréalisme que n'aurait pas renié André Breton. Avec des vers venus d'ailleurs tels "Et j'fais mes pompes sur les restes d'un vieux cargo" dans "Gaby oh Gaby" ou "Si ça continue j'vais m'découper, Suivant les points, les pointillés…" dans "Vertiges de l'amour". Comble de la performance, Bashung a fait claquer ces vers disloqués sur la rythmique d'un rock stylé, comme seuls savaient alors en tisser les esthètes de New York ou de Londres.

Cela se passait en 1980 et le changement de décennie s'accompagnait d'une remise en question. Pour la première fois, le rock français s'invitait au sommet des charts et un son à la Velvet Underground affirmait sa suprématie. Avant de faire triompher ce mode d'expression inédit, Bashung a affronté une longue traversée du désert, si démesurée que d'autres auraient lâché l'éponge pour développer une petite entreprise qui ne connaît pas la crise : blanchisserie, assurance, vente d'encyclopédies au porte à porte…

(...)

Un autre monde

Téléphone
Tournée Un autre monde

Je rêvais d'un autre monde
Où la terre serait ronde
Où la lune serait blonde
Et la vie serait féconde

Jean-Louis Aubert n'était pas un auteur taillé dans le moule. Derrière le mur de son que prodiguait Téléphone, au-delà de l'inexorable énergie, se tenait un chroniqueur générationnel. Aubert synthétisait les aspirations de kids pourtant bien plus jeunes que lui.

" Le premier public, c'est nous. Je pense que le premier truc, c'est de penser que l'on fait quelque chose de vraiment bien, parce qu'après les joies sont encore plus grandes et les peines moins insupportables, " disait Aubert.

A des miles du strass show-biz, Téléphone cultivait une authenticité inaltérée. Le public qui se reconnaissait en eux avait soif d'une telle attitude, il aspirait à quelque chose de spontané, non trafiqué. Ce que divers artistes anglo-saxons avaient pu véhiculer, de Neil Young jusqu'aux Stones de la première période, Téléphone le reprenait à son compte.

" Quand je regarde le nombre de films qui sortent et qui veulent s'adresser aux jeunes, qui veulent parler d'un milieu rock, de bandes de jeunes qui se mettent plus ou moins dans cet esprit là, et le nombre de chanteurs qui se mettent là-dedans comme dans un train qui passe, ça m'énerve. Qu'on ne me demande pas de dire que c'est ça le rock. Renaud, par exemple, est quelqu'un d'assez rock, mais lui te dira : pas du tout. Moi, j'adore Brel et il n'a jamais fait de rock, ni Piaf, mais ce sont pour moi des chanteurs qui ont une âme. Je peux dire qu'ils sont rock même s'ils ne font pas du tout du rock", avait déclaré Aubert à une journaliste du magazine Cool.

En tant qu'auteur, Jean-Louis disait trouver l'inspiration de manière solitaire, au gré de ses balades. Il évoquait toutefois ses difficultés à noircir la page blanche. " Ecrire des chansons, c'est vraiment horrible, il y a des jours où j'ai envie de tout laisser tomber. Le pire, c'est le temps du fignolage. Ce n'est jamais assez bien. " Il demeure qu'il n'avait pas son pareil pour larguer quelques expressions qui faisaient mouche, ricochant sur les murs de la cité : " ça se sent que c'est toi ", " parlez dans l'hygiaphone ", " la bombe humaine, tu la tiens dans la main "… Plus que le leader d'un groupe de rock, Aubert était un porte-voix.

Téléphone tenait du melting pot : un taquineur de mots bâti comme un surfeur et que le contact avec son public transformait en bateleur déchaîné, un archange de la six cordes tutoyant les étoiles sur le manche de sa Gibson, une fée tantôt lumineuse et tantôt revêche, à consommer à l'état brut, gardienne du tempo sur sa basse longiligne, et un bagarreur déchaîné, jongleur sur baguettes, assommant ses toms et cymbales. Une armée des douze singe en miniature. En liberté non surveillée. (...)

Losing my religion

R.E.M.
R.E.M

C'était l'été 1991… Au volant d'une Chevrolet, le conducteur tournait la molette du poste de radio, naviguant d'une station FM à une autre. Rien n'y faisait. Inlassablement, cette même rengaine soutenue par une mandoline revenait à la charge. " Losing my religion " de REM avait envahi les ondes. Jadis humble représentant de la scène alternative, le combo de Georgie avait inscrit son hit dans la culture de masse. Du jour au lendemain, leurs initiales étincelaient sur les néons des avenues.

Le guitariste Peter Buck avait répondu aux questions d'un journaliste de Times en mars, peu avant la sortie du disque. Il estimait que R.E.M. et quelques groupes similaires avaient été les pionniers d'un concept :

"faire exactement ce que vous voulez faire, jouer là où vous voulez jouer, tout en obtenant un certain succès."

Le message essentiel de l'article était que le quartette de Géorgie estimait que le temps était enfin arrivé où ils cesseraient d'être reconnus comme " le grand groupe américain de musique alternative. "

Être adulé par la critique, mais apprécié du bout des lèvres par le grand public, tel avait longtemps été leur lot. S'il s'agissait d'un film, il aurait été répertorié dans le cinéma d'auteur. Au fond, ces quatre oiseaux ne dédaignaient pas d'attirer les foules dans les salles obscures, à la découverte d'épopées taillées dans les reliefs de la sudiste Géorgie.

(...)

Smells like teen spirit

Nirvana
Nevermind

Les guitares n'étaient pas préparées à cela... Elles avaient subi maints outrages, des assauts épileptiques de Pete Townsend aux explorations éruptives d'un Jimi Hendrix. Nirvana et leurs alter ego du grunge allaient leur faire franchir le mur des décibels, faisant fi des normes admises en matière de ce qu'une audience est capable d'absorber, traitant la matière sonore à l'instar d'une transe, d'une giboulée de particules de la fée Electricité. Désespérément énergétique, tentant d'exorciser d'insatiables démons qui vampirisaient sa substance, Kurt Cobain a offert son âme sur l'autel du rock. Il y a déposé son vaisseau meurtri et gagné l'entrée dans la légende. Il fut le dernier archange musical du siècle qui a vu naître le rock'n'roll, l'ultime star avant le baisser de rideau. Sa fulgurance désordonnée jouant en permanence son va-tout, cela ressemblait à un esprit juvénile : "Smell like Teen Spirits" …

La chanson qui a propulsé Nirvana sur le devant de la scène était une miraculée d'une production sans concession. Un refrain malléable qui allait faire entrer les guitares saturées dans le cercle des chansons à la mode, celles du Top. Kurt n'était pas à sa place aux côtés de Céline Dion ou de Mariah Carey et nul ne savait par quel miracle les videurs l'avaient laissé entrer sur le podium, s'installer sur la plus haute marche, sous les vivats de la foule. Lui-même prétendait mal comprendre comment il s'était retrouvé là.

(...)

Découvrir des extrait de Rock Vibrations

L'épopée de Stairway to heaven - Led Zeppelin

Le making off de Like a Rolling Stones de Bob Dylan

La chanson classée comme le plus grand morceau rock de tous les temps par le magazine Rolling Stone

Bob Dylan

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Interview par Dominique Dumont qui a lu des extraits en 'live" de Rock Vibrations

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Fiche de la page

Rock Vibrations raconte l'histoire de 12 chansons majeures de l'histoire du rock : Satisfaction, Like a Rolling Stone, Hotel California, Stairway to Heaven, Smells like teen spirits...
Published by: Daniel Ichbiah
Date published: 02/20/2012
Edition: 1
ISBN: 979-10-91410-04-5
Available in Ebook Paperback
Bob Dylan, Rolling Stones, Beatles, Dire Straits, Police, Led Zeppelin, Eagles, Jacques Dutronc, Kate Bush, Serge Gainsbourg, Telephone