La biographie de Bill Gates

Nouvelle édition 2019. Bill Gates et la saga de Microsoft a été la 1ère biographie consacrée à Bill Gates. Sortie en 1995 en France, elle a été publiée internationalement. Sur cette page, découvrez des photos exclusives de Gates que l'on ne trouve nulle part ailleurs, des extraits du livre, etc.

 

Biographie de Bill Gates - Daniel Ichbiah

Bill Gates et la saga de Microsoft

Daniel Ichbiah

POCKET (1995 et 1998)

DanicArt (2012, 2019)

200.000 exemplaires vendus dans le monde

La présente édition 2019 comporte un nouveau chapitre final qui relate les évolutions de Gates durant les années 2000 et 2010 et son nouveau statut de philanthrope à grande échelle

Publié dans 12 pays dont les USA, la Chine, le Japon, Israel, l'Allemagne...

Bill Gates édition Chine Bill Gates édition Hongrie Bill Gates édition Corée
Bill Gates édition Allemagne Bill Gates édition Israel Bill Gates édition Inde

Biographie de Bill Gates : témoignage d'une époque pionnière

Daniel Ichbiah en compagnie de Bill Gates à Paris en 1988.

J'ai eu la chance de rencontrer Bill Gates en 1986 alors que je débutais dans le journalisme. On aurait du mal à le croire aujourd'hui mais il était aisé de lui parler à cette époque et j'ai donc eu l'occasion de dîner à plusieurs reprises avec Gates lors de ses passages à Paris. Mieux encore, un jour, Michel Lacombe, l'un des dirigeants de Microsoft France m'a appelé à la rescousse.

Bill Gates était de passage à Paris et Lacombe voulait qu'il puisse rencontrer des journalistes. Il m'a donc demandé :

Est-ce que tu pourrais interviewer Bill Gates ?

Il me le demandait comme une faveur...

Comment pouvions-nous savoir à cette époque que l'aura de Bill Gates allait dépasser de très loin le domaine de la micro-informatique, qu'il serait connu de tous en tant que 1er milliardaire américain puis du monde ?

Een compagnie de Bill Gates à Paris en 1994.

J'ai donc interviewé Bill Gates de nombreuses fois et ai pu discuter à maintes reprises avec lui.

J'ai également pu rencontrer de nombreux acteurs majeurs de la micro-informatique en cette époque où l'Histoire s'écrivait sous nos yeux...

Nous croisions des gens comme Steve Jobs ou Bill Gates sans pouvoir réaliser alors qu'ils allaient entrer dans la légende. Ainsi, nous rencontrions aussi d'autres pionniers de la micro-informatique comme Dan Bricklin, l'inventeur du premier logiciel best-seller VisiCalc, ou des créateurs de jeux vidéo comme Shigeru Miyamoto, auteur de Super Mario, le plus grand succès du domaine.

Certaines "stars" de l'époque comme Douglas Engelbart, l'inventeur de la souris ou Rod Canyon qui avait fondé Compaq et alors battu tous les records économiques existants sont tombées dans l'oubli.

Le temps n'avait pas encore opéré son impitoyable tri.

Ainsi, quand j'ai démarré la biographie de Bill Gates, l'homme était connu dans le domaine de la micro-informatique mais il était encore inconnu du grand public !

En compagnie de Gates en 1999.

Dès le départ, j'ai perçu qu'il y avait là une histoire extraordinaire à raconter.

Ce qui paraît difficile à percevoir, c'est que la micro-informatique est née en partie des inspirations d'une bande de néo-hippies, de passionnés du fer à souder et de libertaires qui voulaient révolutionner le domaine de la froide informatique. Steve Jobs apparaît aujourd'hui comme le Magellan du domaine, mais il était lui-même porté par un courant global qui visait à rendre les ordinateurs, ces monstres de métal couramment associés à Big Brother, amicaux et conviviaux. A en faire des outils de créations pour l'individu... Eh oui, à travers l'apparition du micro-ordinateur, ils rêvaient d'un monde meilleur !

Lorsque j'ai démarré l'écriture du livre en 1989, Bill Gates apparaissait comme la figure de proue de cette révolution - Steve Jobs, ayant démissionné d'Apple en 1985 était alors un personnage de second plan, empêtré dans la création d'une machine, NeXT, qui était censée lui permettre de prendre sa revanche sur Apple. Que dire ? Steve Jobs était flamboyant, séducteur, glamour... Mais il paraissait alors quasi inexistant face à Bill Gates qui s'imposait année après année comme la success-story du moment.

A travers l'histoire de Bill Gates - il faut un héros principal pour chaque épopée - j'ai donc voulu conter l'histoire des premiers clubs de 'hobbyists', les passionnés de micro-informatique, comme le Homebrew Computer Club, où d'ailleurs Steve Wozniak a eu l'idée de créer le premier ordinateur Apple, en compagnie de Steve Jobs. Un an plus tôt, un premier micro-ordinateur était apparu, l'Altair, et Bill Gates assisté de son compère Paul Allen, en avait écrit le premier BASIC...


Comment j'ai été le 1er au monde à écrire une biographie de Gates...

Bill Gates avec Daniel Ichbiah

Daniel Ichbiah en compagnie de Bill Gates en 1988

A l'époque où j'ai commencé ce livre, il était donc relativement facile d'approcher Gates et de lui parler.

Lorsque j'ai écrit cette biographie, Bill Gates m'a accordé une longue interview pour évoquer divers détails de sa vie. Et j'ai pu interviewer durant des heures ceux qui l'avaient secondé dans son aventure : Paul Allen le co-fondateur de Microsoft, Charles Simonyi, le créateur de Word, Myriam Lubow, sa première secrétaire (un témoignage touchant), et plein d'autres compagnons des premiers jours...

C'est ce qui rend ce livre unique.

Tout de même, la question m'a souvent été posée : comment un français a-t-il pu se retrouver à être le premier à écrire un livre sur Bill Gates ? C'est tout de même étonnant non ?

 

Je ne l'ai compris que bien plus tard, mais en réalité, le fait que je sois français m'a aidé : les gens de Microsoft avaient dit non à tous les auteurs américains qui les avaient approchés. Lorsque j'ai débarqué à Seattle et chez Microsoft, ils ne m'ont pas trop mis de bâtons dans les roues. Il ne pouvaient pas imaginer qu'un livre écrit par un français serait traduit en américain et publié chez eux !

A la sortie de la version chez Pocket en 1995, le livre s'est positionné dans le Top 10 des ventes.

Il m'a occasionné plusieurs passages télé dont le 20 heures de France 2

Avec le recul, ce livre a pris de l'ampleur car il ne se contente pas de répondre à la question : qui est Bill Gates ? A travers son parcours, nous voyons naître la micro-informatique, les clubs de passionnés, les premières start-ups comme Apple ou Commodore, nous suivons les relations ambigues de Gates avec Steve Jobs, nous découvrons comment il devient peu à peu l'homme le plus riche du monde...

Bill Gates biographie version 2019

A partir de 2007, Pocket a cessé de publier Bill Gates et la Saga de Microsoft.

A partir de 2012, la biographie a été de retour en version numérique.

Toutefois, depuis des années, je me disais que le livre méritait une mise à jour. Le livre s'arrêtait au début de 1998 or, il s'était passé bien des choses entre temps : Gates avait quelque peu perdu de son aura suite à une audition liée à l'action en justice du gouvernement américain pour abus de position dominante. Avec l'avènement des start-ups Internet, Microsoft était apparue comme une société quelque peu dépassée - elle est à nouveau apparue comme novatrice depuis peu.

Bill Gates, pour sa part, s'est retiré de la direction de Microsoft en 2008 et entamé une nouvelle vie en tant que philanthrope à grande échelle.

Dans la nouvelle version publiée en 2019, le chapitre final a disparu, ou plutôt, il a été remplacé par un nouveau chapitre qui retrace ces évolutions de Gates de 1998 à nos jours.


Citations Bill Gates

Ces diverses citations sont extraites du livre.

Leadership

"J'aimerais être perçu comme un leader qui dit : allons-y ! Faisons-le ! Quelqu'un qui montre un exemple d'énergie et d'enthousiasme"

Pourquoi entreprendre

logo 1975

"Quelle est la raison pour laquelle quelqu'un créerait une entreprise et chercherait à avoir un grand impact sinon pour s'amuser ?".

Sur la compétition

"Le capitalisme a cette capacité à maintenir perpétuellement les plus grandes compagnies sur le fil du rasoir"

Le niveau exigé pour travailler chez Microsoft

commons.wikimedia.org/wiki/File:Billgates.jpg

"J'aime m'entourer d'individus intelligents, capable de découvrir de nouveaux concepts. Je n'aime pas perdre mon temps là où il n'y a ni nouveauté, ni créativité".

"Si vous n'aimez pas travailler dur, de façon intense et faire de votre mieux, vous êtes à la mauvaise adresse".

"Embaucher des individus ayant le niveau d'énergie et de dévouement nécessaire pour persévérer à travers les inévitables périodes de désastre et voir au-delà d'elles est un atout inestimable".

Février 1976 : en découvrant que son BASIC a été copié

commons.wikimedia.org/wiki/File:Bill_Gates_mugshot.png

"Qui peut se permettre de travailler pour des prunes ? Quel est l'hobbyiste prêt à consacrer trois années de sa vie à programmer, trouver les bugs, écrire la documentation, pour ensuite distribuer le tout gratuitement ?"

A propos de Windows qui copierait le Macintosh - milieu des années 80

"Steve, c'est comme si nous avions tous deux un voisin fortuné nommé Xerox. Nous avons pénétré chez lui par effraction afin de lui voler sa télévision, et nous avons alors découvert qu'elle avait déjà été volée par vous !".

Conférence de lancement d'Excel le 2 mai 1985

fortune

Peu avant la fin de la conférence de presse, tombe une question que chacun attendait:

- Allez vous développer une version d'Excel pour le PC ?

Bill Gates marche sur des oeufs. Il sait qu'il sera difficile de conserver le support d'Apple s'il annonce de façon claire que Microsoft entend adapter Excel sous Windows. Sa réponse est feutrée.

- C'est une question de leadership. Apple possède une avance certaine dans le domaine des interfaces graphiques. Mais tôt ou tard, toutes les technologies deviennent disponibles à tous les constructeurs. Les PC auront donc un jour une interface graphique...

Steve Jobs lui coupe la parole:

- Ce jour-là, nous serons tous morts !

La salle éclate de rire. Bill attend que le bruit retombe et lance, l'oeil espiègle:

- Pas IBM !

Débat avec Philippe Kahn de Borland - 1988

Kahn : "Borland ne fera jamais de fenêtres !" ("Borland will never do Windows").

Gates : " Quand Windows aura percé, il te ne restera que les essuie-glaces !".

A propos de sa mission de mettre un PC sur chaque bureau - Dr Dobbs 1990

- Vous sentez-vous investi d'une mission ?

- Oui. Le PC est l'outil de l'ère de la communication. La mission serait un PC sur chaque bureau et dans chaque maison. Utilisant de superbes logiciels. Et les standards de logiciels pour y parvenir.

- Qu'y aurait-il de bon à ce que cela advienne ?

- C'est une question d'ordre théologique, et il y a probablement des gens qui pensent que ce serait mauvais. Il se trouve que j'aime travailler à cette mission. J'ai réussi à m'entourer de collaborateurs exceptionnels et de ce point de vue, ma situation est fantastique. Voilà ce que je fais. Libre aux autres de dire si cela leur convient ou non. Cet âge de la communication est une bonne chose. Il va rendre les gens plus forts et le monde plus riche. A chacun de faire son choix. Moi, je pense que c'est bien. Et pas seulement parce que j'aime le faire - selon ma religion, c'est bon !

Quand on l'accuse d'être un prédateur - 1994

"En voila assez ! Nous avons juste eu la bonne vision : que les microprocesseurs deviendraient tellement puissants qu'ils feraient du logiciel la clé absolue.

Personne ne peut dire que nous ayons jalousement gardé ce secret sans en parler à personne. Nous n'avons cessé de clamer haut et fort ce que nous étions en train de faire. Il n'y a pas eu la moindre once de dissimulation dans notre stratégie.

Lorsque nous avons parié sur Windows, nous l'avons crié sur tous les toits.

Qui peut nous reprocher d'avoir fait ce que nous avions dit et d'avoir réussi ?"

Lors du procès intenté par le gouvernement américain pour abus de position dominante

" Nous n'avons jamais forcé qui que ce soit à acheter nos produits "

A propos de sa fortune

CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=332149

"L'argent ne me rapporte rien, si ce n'est des questions indiscrètes".

Pour quelles raisons résiste-t-il ainsi à la tentation d'un mode de vie opulent ?

"Pour ne pas m'habituer à ce genre d'attitude qui coupe de la vraie vie de manière négative. Cela fait partie de ma discipline."

Vidéos sur l'histoire de Bill Gates

Comment Windows a fait la fortune de Bill Gates.

L'introduction du livre originel

Il importe de se replacer dans le contexte de 1995 et 1998 où cette introduction de la biographie de Bill Gates a été écrite.

Insolite personnalité

Gates

Comment décrire une personnalité aussi insolite que celle de Bill Gates ? D'où sort cette fusion invraisemblable d'Henry Ford, de Thomas Edison et de... Bugs Bunny ? Ne cherchons pas à comprendre. Les êtres d'exception ont souvent le don d'échapper à toute tentative de classification. Il est rarissime de rencontrer chez un même individu les atouts dont Dame Nature, par une journée d'inspiration radieuse dota ce rejeton de Seattle.

Que dire d'un individu devenu milliardaire en dollars à 31 ans, et dont la fortune - s'élevant douze ans plus tard, à quelques deux cent milliards de francs - en fait l'homme le plus riche du monde ? Que penser du président d'une entreprise dont la croissance a le plus souvent été de 50% et dont la capitalisation boursière dépasse celle de General Motors, de Ford, de 3M, Boeing ou Eastman Kodak ?

Force est de reconnaître que l'individu échappe aux archétypes usuels du genre. Le personnage a longtemps ressemblé à un Pierrot lunaire, n'ayant pas tout à fait repéré la piste d'atterrissage qui sépare le monde de l'enfance de celui des adultes. Certains ont pu être tentés de prendre à la légère cet éternel adolescent, qui affichait un look d'étudiant attardé et d'intellectuel binoclard sur le fond du campus verdoyant de Seattle, évocateur d'une culture plus proche du rock et de l'écologie que de Wall Street. Mais ceux qui se sont permis de regarder de haut ce jeune homme l'ont regretté amèrement.

Pas de doute, Bill possède un don. Une espèce de magie personnelle. Une accumulation de qualités rares. Le mélange est étonnant car il combine des vertus humaines élevées, avec une aptitude à gérer ses affaires qui tient à la fois de la prescience, de la ruse et d'une maîtrise prodigieuse des éléments de l'équation financière.

Gates

Ce qui m'a souvent frappé chez ce "Géo Trouvetout" du logiciel, c'est l'ampleur de sa réflexion et son intelligence hors du commun. Confiez-lui un problème quelconque et aussitôt la mécanique intellectuelle se met en marche, comme excitée par un défi. Il n'est pas rare qu'il ressorte avec un point de vue original et avisé sur le sujet. La surprise vient de ce qu'il aura englobé dans son analyse des éléments qu'un esprit usuel négligerait de prendre en compte. La quantité d'informations qu'il emmagasine de manière courante est stupéfiante. Mais plus encore est sa capacité à broyer, concasser, malaxer et mettre en perspective ces mêmes données afin d'aboutir à des conclusions surprenantes par leur clairvoyance. Il tire même une satisfaction intense à discerner un modèle au milieu de ce qui semblerait chaotique ou désorganisé. Déjà à l'école primaire, ce surdoué des mathématiques désarçonnait ses professeurs par la vivacité de son raisonnement. Il a conservé un goût prononcé pour les joutes intellectuelles et ne vous respectera réellement que si vous vous montrez à la hauteur. Si l'on ajoute qu'il aime s'environner d'individus tels que lui, on peut mieux comprendre comment opère Microsoft.

Une anecdote permettra de mieux comprendre comment fonctionne Bill. Lors d'une réception à laquelle participait Microsoft, un animateur est monté sur scène et s'est lancé dans un impressionnant numéro de calcul mental : multiplications, racines carrées, etc. Le lendemain soir, au cours d'un cocktail, Bill était en train de discuter aimablement avec des convives. A un moment donné, il a déclaré :

Gates a demandé à un invité de lui donner deux nombres à multiplier, et il a alors donné la réponse. Le numéro 1 du logiciel avait passé une partie de la nuit précédente à tenter de comprendre le mécanisme inhérent à de tels calculs !

microsoft

Ce président aux allures de Tintin est également doté d'une vision audacieuse, capable de percevoir plusieurs années à l'avance ce que sera le monde de demain. Dès 1975, il avait perçu que les petites puces qui animaient les micro-ordinateurs allaient déclencher une révolution sans précédent. Il s'est alors lancé à corps perdu dans son aventure, la société Microsoft. Ajoutons à cela une puissance de conviction imparable. Lorsque IBM est venue frapper à la porte de la minuscule entreprise de Seattle en 1980 afin d'en savoir plus sur la micro-informatique naissante, les visiteurs ont d'abord été déconcertés par l'apparence juvénile de leur hôte. Mais comme l'a raconté plus tard Bill Lowe d'IBM :

"dès que Bill se mettait à parler, toutes les considérations sur son âge disparaissait. Nous buvions ce qu'il disait".

jobs

Il ne fait pas bon trouver sur sa route un tel combattant. Tous les ennemis d'antan de Microsoft ont mordu la poussière et même Steve Jobs, fondateur d'Apple, a préféré faire alliance en août 1997 plutôt que de tenter un ultime affrontement. Cette intransigeance en affaires, Gates la manifeste ouvertement et sans états d'âmes. Il va jusqu'à défier le gouvernement américain lorsque ce dernier s'avise de lui chercher noises. Le Ministère de la Justice a longtemps préféré jeter l'éponge, comme effrayé par la capacité de nuisances du potentat de Seattle.

A cette attitude sans merci, Gates ajoute la ruse d'un joueur d'échecs qui pousserait l'astuce jusqu'à focaliser l'énergie de ses adversaires dans des batailles d'intérêt secondaire. S'il était général, il porterait "officiellement" la guerre en Pérou, ferait en sorte que ses ennemis déplacent leur troupe sur les hauteurs de la Cordillère des Andes. Et pendant que s'agiterait ce théâtre, il investirait tranquillement le Vénézuéla. Il est vrai qu'il peut agir ainsi parce qu'il est doté d'une capacité de vision des problèmes dans leur globalité qui est rare.

Daniel & Gates

On pourrait croire d'un homme si doué et impitoyable en affaires qu'il soit un monstre froid et calculateur. Et pourtant, Bill est réellement différent dans sa vie privée. Cool, attachant, Gates est dépourvu de toute trace de prétention ou d'affectation - en sa présence, il faut faire un effort énorme pour se rappeler qu'il est l'homme le plus riche du monde. Celui qui a terrassé IBM peut même avoir les yeux mouillés lorsque l'on évoque le fait d'être papa.

A la manière d'un caméléon, Bill peut même changer de peau plusieurs fois en une même journée. Lors d'une rencontre matinale, il peut sembler détaché, amical et jovial, alliant une véritable gentillesse à une disponibilité permanente. Une heure plus tard, le même homme se révèle acerbe et venimeux tandis qu'il concocte une stratégie d'encerclement d'une société concurrente. Pendant le déjeuner qui suit, le stratège implacable peut se transformer en jovial énergumène, blagueur et primesautier. Plus tard, en fin de soirée, il peut faire preuve d'une sentimentalité presque timide tandis qu'il ravive de manière passagère un souvenir nostalgique. Autant de facettes qui contribuent à le rendre globalement fascinant.

Daniel & Gates

J'ai interviewé Bill Gates une vingtaine de fois et eu l'occasion de l'approcher à maintes reprises au cours de salons, colloques et autres réceptions. Au fil des années, j'ai été agréablement surpris de voir qu'il avait conservé sa désarmante simplicité, une absence de préjugés et de mondanités. L'homme est détendu, dépourvu de manières, naturellement convivial. Myriam Lubow, l'une de ses premières employées résume cette qualité d'une jolie phrase :

"le plus difficile n'est pas de monter mais en montant, de rester soi-même".

S'il peut parler à des analystes financiers sur le ton le plus sérieux qui soit, Bill se déride à la première occasion. Lors d'un voyage à Las Vegas, je me souviens avoir été interpellé par un drôle de fêtard affublé d'un chapeau noir et gentiment éméché qui m'a attrapé par l'épaule pour me demander :

"Hey ! Quand est-ce que le livre va sortir ?".

Je me suis retourné pour découvrir que le joyeux luron n'était autre que Bill. L'homme redouté par IBM et par Sun s'amusait comme un adolescent au cours de l'une de ces soirées survoltées que s'accordent les surmenés de la technologie.

Gates et Vergnes

L'accession à la position d'homme le plus riche des Etats-Unis en 1992, a contribué à engendrer un véritable mythe autour de l'homme. Dès cette époque, un journaliste de Fortune avait fait remarquer que Gates était en mesure d'acheter la production annuelle de ses 99 concurrents les plus proches, de brûler le tout - il disposerait encore d'une fortune supérieure à celles de Ruppert Murdoch ou Ted Turner.

Pourtant, si l'on veut gêner Bill, il suffit de l'interroger sur sa richesse. Il contourne alors la question de mille manières, souvent sur le mode ironique, non sans un certain agacement :

"L'argent ne me rapporte rien, si ce n'est des questions indiscrètes".

Il rappelle que sa fortune n'est que virtuelle : elle est fondée sur le nombre d'actions qu'il détient de sa société. Et insiste sur le fait qu'il ne s'en soucie pas le moins du monde. Les faits corroborent cette attitude. Le premier milliardaire américain continue de travailler à la façon d'un forcené, davantage préoccupé par la réalisation des logiciels du futur, que par la gestion de son portefeuille boursier. Mieux encore, il se montre économe, voyage souvent en classe économique et se nourrit volontiers de pizzas à emporter. S'accorde-t-il quelques moments de réelle détente ? Heureusement, oui. Notamment pour jouer au golf. Mais les vacances ont toujours été un luxe pour celui qui se sent investi d'une mission : "préparer l'ère de la communication".

Les frivolités de Bill sont modérées, si l'on considère l'étendue de sa fortune. Elles se manifestent essentiellement par un penchant pour les voitures de sport - dont une Ferrari 348 rouge ou une Porsche qu'il conduirait volontiers à une vitesse supersonique s'il n'avait peur de se faire ôter son permis. Le nouveau Gatsby s'est également fait construire une maison techno-futuriste qui a coûté la bagatelle de 53 millions de dollars.

Cette phrase était prémonitoire. C'est bien ce qui s'est passé !!!!

Vers la cinquantaine, lorsqu'il se retirera des affaires, Gates envisage de distribuer 90% de sa fortune à des oeuvres. Il précise toutefois avec un sourire malicieux qu'il attendra d'avoir atteint cet âge respectable pour ouvrir les vannes, et que par conséquent, ce n'est pas la peine de lui écrire maintenant ! En attendant, le milliardaire du logiciel effectue maintes donations à des oeuvres caritatives ou à des universités. Et s'il a négocié un à-valoir faramineux de 2,5 millions de dollars de Penguin Group pour les droits de son livre, La route du futur, publié en novembre 1995, il a également certifié que l'intégralité des royalties irait à de bonnes oeuvres.

Gates & me

Autre facette marquante de sa personnalité, Bill est un optimiste convaincu et militant. A l'entendre, le monde futur sera bonifié par le multimédia. Pour lui, la révolution numérique est un credo, une vision qui englobe la société toute entière. Si l'on veut faire décoller l'ange blond vers des sphères ensoleillées, il suffit d'aborder ce thème et aussitôt, les yeux pétillent, le regard se pare d'une jovialité presque enfantine tandis que le corps entame un balancement lancinant d'avant en arrière... Fasciné par le potentiel d'Internet, Bill brosse un tableau idyllique de la société future, tout en recourant à des exemples clairs, compréhensibles par tous. A l'entendre, tout va devenir plus facile : apprendre, faire ses emplettes, suivre une visite médicale...

La civilisation multimédia qui se met en place avec le rapprochement des géants de l'audiovisuel, des télécommunications et de l'informatique est une aubaine pour le président de Microsoft. Dans quels domaines entend-il apporter sa contribution ? Tous, sans exception. La télévision interactive est sur toutes les lèvres ? Bill tente un rapprochement avec les principaux câblo-opérateurs américains. Le sans fil est l'avenir du téléphone ? Gates juge s'allie avec le leader du domaine (McCaw) afin de développer un réseau planétaire qui nécessitera la mise en orbite de 840 satellites. Il se rapproche également de NTT - le géant japonais des télécoms - afin d'offrir des services multimédia sur le réseau téléphonique du Japon. Le cinéma n'est pas en reste, Gates ayant opéré un rapprochement avec le trio, Spielberg-Geffen-Katzenberg, en vue de réaliser les films interactifs censés captiver une génération accoutumée aux jeux vidéo.

Si nécessaire, Gates n'hésite pas à racheter les compagnies qui possèdent le savoir faire qui manquerait à Microsoft. Des millions de spectateurs s'extasient sur les dinosaures en images de synthèse de Jurassic Park ? Message reçu. Gates absorbe l'éditeur Softimage, dont les logiciels ont servi à dessiner lesdits reptiles. Les logiciels capables de repérer le meilleur itinéraire intéressent un nombre croissant d'automobilistes ? Qu'à cela ne tienne, il acquiert NextBase, spécialiste du domaine. S'il manque des pièces dans sa gamme Internet, il fait allègrement son shopping, absorbant UUNet (fournisseur d'accès), Vermeer Technologies ou eShop - leader dans le secteur particulièrement prometteur du commerce électronique. Un tel appétit a fini par alarmer les autorités américaines: le touche-à-tout du software serait-il en train de développer un monopole à nul autre pareil, qui l'amènerait à prendre le contrôle effectif de la civilisation de l'information?

ethan-hoover

La croissance ininterrompue de l'empereur du logiciel suscite une inquiétude croissante. L'évocation de Microsoft déclenche des expressions telles que " Big Brother ", " monopole ", " abus de position dominante "... A tort ou à raison, Microsoft et son président sont devenus la cible préférée des commentateurs du monde de l'informatique et d'Internet. Il est courant d'entendre dire que Gates est en passe de devenir l'homme le plus puissant du monde, avec la capacité à terme de dicter sa loi aux gouvernants et partant, aux gouvernés. Les sites Web appelant au boycott de Microsoft et déclamant leur aversion pour cette société se sont multipliés au cours de l'année 1997.

S'il n'est pas dénué de fondement, l'argumentaire de nombreux détracteurs pêche par une compréhension trop partielle du phénomène et de son historique. Il en vient à masquer une réalité : Gates et sa société demeurent des cas d'école remarquables. La puissance de Microsoft est certes intimidante. Mais sa réussite tient avant tout à une capacité sidérante de réagir aux événements, de les assimiler, et d'en tirer le meilleur parti. Jean Louis Gassée, ancien dirigeant d'Apple France, a eu cette phrase pleine de justesse :

"L'ironie est que pour une large part, le succès de Microsoft résulte de l'excellence de ses équipes, à commencer par son chef."

Et d'ajouter qu'il est particulièrement difficile de faire la part entre le méritoire et l'abusif.

"J'aimerais être perçu comme un leader qui dit : allons-y ! Faisons-le ! Quelqu'un qui et montre un exemple d'énergie et d'enthousiasme" explique pour sa part le fondateur de la multinationale du logiciel.

Gates Paris

Pour mettre en œuvre sa vision, l'homme a su s'entourer de grands créatifs et leur donner un environnement propice à leur épanouissement. Qui connaît un peu la population des programmeurs sait qu'un grand nombre d'entre eux sont des individus atypiques et insoumis. Dans le campus de Microsoft, à Redmond, cette faune se sent chez elle. D'immenses sapins environnent les bâtiments séparés par de grandes pelouses au milieu desquelles ont été aménagés fontaines et aires de loisirs. A midi, on voit se développer l'atmosphère d'un campus comme celui de Berkeley : certains jonglent, d'autres en short s'exercent au boomerang, une asiatique joue de la harpe sur la pelouse au milieu des canards, un joyeux trio de dames en ciré répètent une pièce pour violoncelle... L'ambiance évoque celle d'un village d'étudiants malicieux, en marge de l'establishment. Une visite dans les locaux conforte cette apparence. Chacun s'habille à son aise et décore son bureau comme bon lui semble : poupées gonflables, aquariums, jeux de fléchettes cohabitent avec guitares électriques... J'ai demandé un jour à Bill si le campus avait concrétisé un rêve d'enfance et aussitôt, l'être jovial s'est refermé comme une huître, endossant la carapace du businessman.

L'un des talents de Gates pourrait cependant être d'avoir créé un contexte de rêve pour ces bohèmes de génie et avoir réussi à canaliser leur talent en vue de leur faire réaliser des produits qui peuvent être vendus aux cadres des grandes entreprises. On n'imagine pas à quel point le logiciel s'apparente à une oeuvre d'art avec ses aléas et vicissitudes. Lors de mon enquête, j'ai été surpris d'apprendre qu'Excel - l'un des logiciels vedettes de Microsoft - avait failli ne jamais voir le jour. Le programmeur qui en était responsable, personnage fantasque d'allure hippie s'était fâché avec Bill, avait pris son sac à dos et s'en était allé sur les routes... Les cadres financiers qui s'en remettent à Excel pour les prévisions budgétaires de leur conglomérat du haut d'une tour de Manhattan auraient hésité à prendre en stop cet émule de Kerouac s'ils l'avaient croisé sur une route de Californie.

Par comparaison aux entreprises de la Silicon Valley, Microsoft fait preuve d'une étonnante stabilité de son personnel. Et le premier de cordée peut compter sur une fidélité sans faille de la part de ses troupes. En dépit de la position imprenable dont bénéficie Microsoft, l'attitude de ses membres évoque le plus souvent celle d'une start-up. Si le défi est à la hauteur, ces individus n'hésitent aucunement à sacrifier leurs nuits et week-ends pour mettre au point le produit à même de faire remporter une bataille.

Gates jeu video

Lorsque Gates a réalisé en 1995, qu'il faisait fausse route, et qu'il fallait sans plus attendre prendre la direction d'Internet, il n'a fallu que quelques mois à Microsoft pour virer à 180°. Au début de l'année 1996, les développeurs n'ont pas hésité à venir travailler soir et week-end, comme lors des époques homériques, et l'on a vu revenir les légendaires sacs de couchages dans les pièces. Si Bill Gates parvient à obtenir un tel dévouement de ses programmeurs, cela vient en partie de son aura intellectuelle, de son humilité face aux erreurs qu'il reconnaît avoir commises et de son absence totale de suffisance vis-à-vis de ses employés.

Einstein a dit un jour que le trait le plus noble de l'être humain résiderait dans

"la capacité à s'élever au-dessus de la simple existence en se sacrifiant soi-même à un but".

Cette définition pourrait s'appliquer à Citizen Gates dont l'essentiel de l'existence est consacré à la conduite des affaires de Microsoft. Le succès sans précédent de la compagnie n'est aucunement prétexte à un relâchement. "Le capitalisme a cette capacité à maintenir perpétuellement les plus grandes compagnies sur le fil du rasoir" commente Bill, qui cultive une vigilance permanente.

Travailler sous la tutelle d'un tel surdoué n'est pas tous les jours agréable, car l'homme fait preuve d'une exigence démesurée. L'un de ses adjoints, Charles Simonyi, a eu cette formule :

"la plupart des individus sont bons dans un domaine particulier. Gates est spécial en ce sens qu'il est bon dans une dizaine de domaines au moins".

Gates 99

Le problème pour ses proches, c'est qu'il attend d'eux une acuité intellectuelle et un dévouement à la hauteur. Ceux qui choisissent de rejoindre le bateau Microsoft peuvent s'attendre à des semaines de quatre vingt heures et un rythme effréné, d'autant que Captain Bill peut manifester une rudesse extrême vis-à-vis de ses collègues. Certains employés racontent comment au cours d'une réunion, il s'est permis de réduire à néant leurs idées d'un lapidaire

"c'est la chose la plus stupide que j'aie jamais entendue".

Si on l'interroge sur une telle manie, Bill la relativise en expliquant qu'il emploie cette expression plusieurs fois par jour. Il demeure que les employés de Microsoft sont grassement récompensés de leur zèle : plus de trois mille d'entre eux seraient aujourd'hui millionnaires en actions. Qui n'endurerait pas quelques brimades lorsque la carotte est aussi volumineuse ?

La légende voulait que le capitaine se calme le jour où il prendrait épouse. Il n'en a rien été. C'est tout juste si désormais, il rentre plus souvent à la maison à vingt trois heures qu'à une heure du matin. Pas de problème pour Melinda, une texane bien dans sa peau, accoutumée à une telle activité frénétique. Au moins le mariage aura-t-il calmé ses ardeurs séductrices.

"Désormais, je ne me pose plus la question de savoir avec qui je vais passer mon temps libre" ironise le mâle pragmatique qui pour le reste, érige un mur infranchissable sur sa vie privée.

Fait remarquable, il a tout de même cru bon de demander l'avis d'une ancienne petite amie, Ann Winblad, une intellectuelle brillante, avant d'épouser celle qui est devenue sa femme !

Gates carré

Depuis le début des années 90, le géant du logiciel est dans le collimateur du Ministère de la Justice qui, au vu de ses enquêtes, semble estimer que la montée en puissance de Microsoft ne se serait pas effectuée de manière loyale. En 1995, l'administration Clinton a préféré le compromis, peut-être effrayée par la capacité de nuisances du potentat de Seattle (d'aucuns prétendent que les amitiés politiques auraient joué leur rôle). Il aura fallu attendre octobre 1997 pour que Janet Reno, Ministre de la Justice, se livre à une attaque frontale.

Il existe bel et bien une face cachée de la lune. Dans la mesure où Gates voue une admiration ouverte aux grandes personnalités de l'histoire - Léonard de Vinci, Roosevelt, Edison, mais aussi Napoléon - la presse ne se prive pas de lui prêter des intentions hégémoniques. Etant donné les moyens financiers dont elle dispose pour ses opérations de prestige, l'armada de Redmond déploie un spectacle colossal et pas toujours du meilleur goût. La puissance financière de Microsoft est telle qu'elle peut se permettre d'investir 250 millions de dollars pour lancer Windows 95 - une somme comparable à ce qu'a rapporté Men in Black, le succès cinématographique de 1997. En outre, au sein d'un personnel de plus de vingt deux mille individus, se retrouvent fatalement quelques recrues altières, arrivées après l'essentiel de la bataille et trop heureuses d'endosser l'armure du soldat victorieux à peu de frais.

Gates carré
A Paris en 1995

Tyrannosaurus Gates a souvent agi de manière à éliminer impitoyablement ses concurrents. Une loi de la jungle inhérente au monde des affaires ? Peut-être, si ce n'est qu'en la matière les dés sont pipés, car les compétiteurs sont obligés de s'en remettre à Microsoft pour obtenir les informations nécessaires à l'écriture de leurs propres logiciels. Cette situation remonte à 1981, époque à laquelle IBM a décidé d'équiper ses PC du système d'exploitation MS-DOS de Microsoft.

Du fait qu'elle définit le logiciel de base des PC, (MS-DOS et Windows), Microsoft est en mesure de changer les règles du jeu, et de compliquer la partie pour ses concurrents. Ceux-ci doivent parfois travailler beaucoup plus durement qu'il n'est nécessaire pour demeurer dans la compétition.

Au début des années 90, WordPerfect ou Lotus, étaient encore n°1 mondiaux de leur secteur. Or, les présidents de ces deux compagnies n'avaient de cesse à cette époque de crier leur crainte des avancées de Microsoft, expliquant que le combat était devenu inégal et que leur survie était menacée. Ils avaient vu juste... Si l'on évoque ces anciens compétiteurs, Gates a beau jeu de faire remarquer que Microsoft a pris des risques énormes, choisissant la route de l'innovation alors que de tels éditeurs ont préféré une voie plus conservatrice. Il n'a pas totalement tort.

Gates

La situation est toutefois radicalement différente à l'aube de l'an 2000, étant donné la taille redoutable qu'a atteint le n°1 du logiciel. Son système d'exploitation, Windows, est présent sur plus de 90% des ordinateurs de la planète. Gates ne peut ignorer le fait que Microsoft peut désormais réduire en miette les petits éditeurs. Une recette ? Offrir gratuitement avec Windows, un logiciel dont la vente est cruciale pour ce concurrent.

Imaginons une grande surface qui verrait s'ouvrir à ses côtés une petite confiserie, offrant des chocolats de qualité supérieure. Pour se débarrasser de ce gêneur, elle pourrait décider, pendant un certain temps, de distribuer gratuitement cette denrée à tous ses clients. Suffisamment longtemps pour acculer le petit commerçant à la faillite... Pourrait-on alors parler d'abus de position dominante ?

Au début des années 90, la société Stac s'était fait une place au soleil en vendant un logiciel de compactage des informations, Stacker. La popularité de ce produit avait été suffisante pour que Stac procède à une entrée en Bourse en mai 1992.

Séduite par Stacker, Microsoft est entrée en contact avec Stac afin d'acquérir la licence de ce logiciel. Les négociations ont traîné sans que les deux parties parviennent à un accord. Microsoft a finalement abandonné l'objectif d'acquérir Stacker et a claironné que la prochaine version de son système, MS-DOS inclurait un programme de compactage développé en interne.

Peu après cette annonce, l'action Stac a vu son cours amorcer une chute libre, au point où ses actionnaires ont intenté un recours collectif en justice. En l'espace d'un an, les revenus de Stac se sont divisés par deux.

La petite société californienne a porté l'affaire devant les tribunaux, accusant Microsoft d'avoir profité des négociations pour étudier le "code" programmé par Stac et de s'en être inspiré. Le jugement rendu le 23 février 1994 a décrété que Microsoft devait verser 120 millions de dollars de dommages et intérêts. Plutôt que de faire appel, le géant a négocié un accord à l'amiable au terme duquel Microsoft a acquis la licence des technologies développées par Stac - pour la somme de 83 millions de dollars.

Windows 98

Microsoft soutient qu'en intégrant des logiciels dans son système d'exploitation (hier MS-DOS, aujourd'hui Windows), elle satisfait au mieux le consommateur. Cette attitude a d'ailleurs amené The Economist à comparer Gates à un "dictateur bienveillant qui donne au peuple ce qu'il attend". Il demeure que la boulimie d'achats du numéro un entraîne une situation agaçante. Lorsqu'un créateur a développé un logiciel d'intérêt, il se retrouve souvent face à un dilemme. Soit, il accepte de se faire racheter par Microsoft, soit il court le risque de voir le géant développer (ou acquérir) un produit similaire, et de l'anéantir en bradant si nécessaire un tel produit.

Un tel scénario d'encerclement menaçait de se dérouler à l'encontre de Netscape Corp. Cette société californienne s'était fait une place au soleil en diffusant dès 1994 un logiciel permettant de "surfer" sur le Web de manière conviviale. Netscape Navigator est devenu par la force, le logiciel favori des internautes.

Microsoft a contre-attaqué en rachetant un logiciel concurrent, Spyglass, et l'a rebaptisé Internet Explorer. L'éditeur a ensuite jugé bon d'intégrer directement Internet Explorer, dans Windows. Une telle décision signait la mort pure et simple de Netscape à plus ou moins long terme.

C'est à l'occasion de cette affaire que l'on a vu le ton monter au niveau du Ministère de la Justice. Janet Reno, épaulée par de nombreux procureurs d'états américains semble avoir décidé que cette fois, l'éditeur de Seattle ne s'en tirerait pas à si bon compte. Signe de l'ire gouvernementale, Microsoft s'est même vu menacé d'une amende d'un million de dollars si elle persistait dans sa décision d'intégrer Internet Explorer dans Windows.

L'attitude présomptueuse de certains cadres, notamment Steve Ballmer, numéro 2 de la compagnie, ou William Neukom, responsable des services juridiques, a sans doute contribué à stimuler l'irritation gouvernementale. Maintes déclarations arrogantes auxquelles ils se sont livrés laissent à penser qu'ils ont pu entretenir le sentiment qu'avec la puissance atteinte, Microsoft était devenue intouchable.

Les membres de la division anti-trust, pour leur part, ont vu s'accumuler les témoignages faisant état d'un abus de position dominante. Et il apparaîtrait même que certains éditeurs ou constructeurs n'auraient pas osé apporter leur caution aux enquêteurs du Ministère de la Justice par crainte des représailles potentielles.

Le temps d'une régulation gouvernementale est donc devenu nécessaire pour assurer un rééquilibrage des forces en présence et il est souhaitable que le gouvernement américain soit plus combatif en 1998 qu'il ne l'a été jusqu'alors.

livre Gates

Face à de telles attaques dont il estime qu'elles sont orchestrées par ses opposants, Gates affiche une attitude stoïque, estimant qu'il y là la rançon d'un succès extraordinaire, un succès qui constituerait en soi, une fabuleuse réponse à cet immense vacarme !

Il demeure que l'ampleur de la contestation a pris une dimension qui dépasse largement le simple cadre du logiciel et de la technologie. Les accusations portées en novembre 1997 par Ralph Nader, avocat et célèbre défenseur des consommateurs, pourraient avoir une large portée, dans la mesure où elles sont lancées par une personnalité qui n'a réellement aucun intérêt personnel dans la balance.

Devant l'ampleur d'une telle controverse, Microsoft traverse une étape cruciale de son histoire. Il n'est pas impossible que Gates en tire la conclusion que l'heure est venue d'adopter une plus grande humilité, au niveau global. Faute de quoi, l'entreprise phare de la fin du vingtième siècle pourrait se heurter à un véritable écueil.

Même si Microsoft a connu sa réussite d'une façon relativement légitime

(" nous n'avons jamais forcé qui que ce soit à acheter nos produits " aime à dire Gates)

, il est totalement juste que des sociétés plus petites telles que Netscape cherchent aujourd'hui l'appui d'entités extérieures telles que le Ministère de la Justice ou le mouvement de Ralph Nader pour assurer leur survie.

Netscape a le même droit que Microsoft à utiliser toutes les armes possibles et imaginables pour assurer sa pérennité. De manière générale, les compétiteurs de Microsoft ont beau jeu de tenter de survivre par tous les moyens, quitte à se liguer et faire intervenir les gouvernements. Chaque intervenant de l'arène du logiciel a une même légitime aspiration à persister.

La mainmise d'une entreprise sur un secteur peut donner lieu à des tentations de comportement partiaux. Ainsi, Disney, inquiète de la montée de studios d'animation concurrents tels que Dreamworks, Fox et Warner, a refusé de diffuser les spots de promotion du dessin animé Anastasia de Fox sur la chaîne de télévision qu'elle contrôle, ABC.

Nul n'aurait à gagner qu'un seul acteur régimente l'essentiel de l'activité du logiciel. Les utilisateurs ont globalement intérêt à ce que puissent exister, régulièrement, des petites sociétés capables d'accélérer l'histoire en matière de micro-informatique par leur capacité d'innovation.

Au fond, si Bill a un défaut, c'est une obsession à vouloir être constamment le meilleur en tout. Il semble détester se retrouver en position d'infériorité, ne serait-ce que pendant quelques secondes. Lors d'un dîner informel à Paris, je m'étais permis de lui dire, d'un ton de plaisanterie

"quoi ! tu ne parles pas le français ? Mais moi, à trois ans, je savais déjà parler français !"

Gates m'a alors répondu de façon sèche

"Oui, mais à vingt ans, tu n'avais pas créé ta propre compagnie !".

Il n'y avait aucune trace d'humour dans sa réponse. Il n'appréciait tout simplement pas d'être déstabilisé. Mais personne n'est parfait et l'adage vaut pour le surdoué du logiciel. Il est tellement persuadé d'avoir la vision correcte qu'il en vient inévitablement à vouloir imposer ses propres solutions. Si l'on extrapole une telle attitude à l'échelle de la civilisation de l'information, on peut prendre mesure de son appétit de pouvoir. Les débats sur Internet ne manquent pas de soulever la crainte d'un futur digne d'Orwell où l'on trouverait du Microsoft dans tous les objets de la vie courante : la télévision, l'ascenseur, l'automobile, son portefeuille électronique... Seuls les Martiens y échapperaient. Mais pour combien de temps ?

Par bonheur, la vision globale entretenue par Gates est humaniste, même si elle prend la forme d'une guerre impitoyable sur le plan commercial. Big Brother ne semble pas faire partie du grand plan. Et à tout prendre, puisqu'il faut nécessairement un leader à toute entreprise humaine, force est de constater que le mérite personnel de Bill est supérieur à celui de bien d'autres acteurs du microcosme cyber. Il possède des qualités de vision, et de catalyse qui font parfois défaut à ceux qui aimeraient monter sur le podium, sans toutefois partager le même détachement vis-à-vis de la réussite.

Il existe par ailleurs un mot que Bill répète fort souvent au hasard de ses conversations : "fun", que l'on pourrait traduire par le plaisir ludique. Bill ne travaille pas, il ne conquiert pas des marchés, il s'amuse, et les journées sont trop courtes pour ce personnage en perpétuelle ébullition. Ne le perdez pas de vue : il est déjà loin, très loin... Il est vrai que Bill s'amuse à changer le monde. Et c'est peut-être la clé essentielle de son approche. Comme il le dit lui-même

"Quelle est la raison pour laquelle quelqu'un créerait une compagnie et chercherait à avoir un grand impact sinon pour s'amuser ?".

Abus de position dominante ?

Lorsque j'ai relu ma propre biographie des années plus tard, j'ai découvert que ce que j'avais raconté n'était pas toujours bien reluisant à l'égard des protagonistes de cette histoire.

J'avais raconté des faits, des faits, des faits... Nous étions dans la frénésie de cette époque où tout arrivait très vite : les PCs, les Macs, l'interface graphique, le multimédia, Internet... Comme grisés par cette aventure que nous vivions un peu en temps réel.

De ce fait, quand on lit ces pages aujourd'hui, on découvre que tout est là. Ce qui a occasionné le procès 'Les Etats-Unis contre Microsoft', la pression exercée sur les constructeurs de PC pour empêcher qu'ils ne choisissent un autre système que Windows, pourquoi progressivement de nombreux éditeurs se sont ligués contre la firme de Gates, estimant qu'ils n'avaient pas d'autres choix, pourquoi Steve Jobs s'estimait avoir été abusé...

Cette histoire a ainsi pris du relief, malgré elle, au fil des années qui s'écoulent.

Remerciements à Roger Abehassera et à Olivier Ezratti pour ces photos en présence de Bill Gates

Où trouver la biographie de Bill Gates ?

La nouvelle version de cette biographie est disponible sur

Bill Gates et la Saga de Microsoft - Daniel Ichbiah

 

Fnac Kobo

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Extraits de la biographie de Bill Gates

7 - Le projet le plus insolite d'IBM

Comment Bill Gates et ses acolytes se sont retrouvés embarqués dans le projet ultra-secret d'IBM de se lancer dans la micro-informatique

8 - Le Sauna MS-DOS

Comment le MS-DOS ou système de l'IBM PC a été réalisé dans des conditions épiques, dans une pièce minuscule dans la chaleur torride que dégageaient les premiers prototypes de PC.

17 - Comment Bill Gates est devenu l'homme le plus riche du monde

Comment Bill Gates, initialement réticent, a accepté de faire entrer Microsoft en Bourse et comment, en chemin, il a appris à maîtriser les arcanes de la Bourse.

Avis de lecteurs

*****
Très bon livre
Par mbaroukh
15 août 2012
Cette biographe de Bill Gates est, passionnante. Je vous conseille par ailleurs de lire juste avant ou juste après celle de Steve Jobs : ca permet de voir certaines anecdotes sous des jours différents.
sur Amazon.fr

*****
Excellent
Anonyme
01/09/2001
Voici un livre excellent pour ceux qui veulent savoir comment la micro-informatique a débuté et quelle place BILL GATES et MICROSOFT y tenaient. Le jugement de Daniel Ichbiah n'est pas trop orienté ce qui contribue à rendre ce livre intéressant. Je vous le conseille.
sur Fnac.com

*****
Bill Gates au sommet de sa gloire,
HORIZON 2050
28 juillet 2007

Voila un livre qui se dévore en quelques heures aussitôt qu'on a ouvert les premières pages tant l'aventure de Bill Gates est passionnante et a marqué notre époque.

On y voit comment dès le début Bill Gates s'est imposé sur le créneau immanquable des micro-ordinateurs ou il a saisit les opportunités petit à petit jusqu'à batir l'immense empire que l'on connait.

Le ton du livre est dynamique, passionnée, plein d'entrain à l'image de la formidable aventure humaine qu'il nous raconte.

Un vrai régal à lire.

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*****
Une édition format Kindle inespérée !
TP
12 septembre 2012
J'avais lu cette biographie en version papier il y a de nombreuses années et, étant de très grande qualité, je l'ai souvent conseillée, jusqu'à épuisement total du livre qui n'avait pas été réédité.

Quelle fut ma très agréable surprise de constater qu'il est à présent disponible au format Kindle : achetez-le les yeux fermés, il s'agit de la meilleure biographie sur un homme d'exception !
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*****
Excellent livre
abdou karim pouye
J'aime son histoire !
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Souvenirs, souvenirs...

Avec d'autres clichés exclusifs de Bill Gates à Paris

L'exception française... durant les années 80

Dans les années 80, le fondateur de Microsoft se déplaçait fréquemment dans le monde, car il s'était donné pour mission de faire adopter Windows. Il venait donc notamment en France, qui était alors un modèle : c'était alors le seul pays où Microsoft était n°1, suite au travail qu'avaient entrepris les dirigeants français, Bernard Vergnes, Michel Lacombe et Jean-Philippe Courtois.

Michel Lacombe

A cette époque, aux USA, Microsoft était n°3, devancé par deux sociétés aujourd'hui oubliées de la plupart :

Le n°1 du traitement de texte s'appelait WordPerfect. Vous avez dit qui ?

Bernard Vergnes avec Laurent Fabius en 1984 au Sicob

La France faisait donc figure d'exception et localement, la puissance de Microsoft était comme une préfiguration de ce qui allait suivre au niveau mondial, à partir de 1990.

Multiplan

Pour prendre un exemple, vers 1985, presque partout ailleurs, dans le monde, le tableur n°1 était 1-2-3 de Lotus. L'offre de Microsoft, Multiplan était à la peine un peu partout.

Partout, sauf en France où Multiplan était le n°1 absolu des ventes ! C'était probablement le seul pays au monde où il avait autant de succès.

De même, dans d'autres pays, d'autres traitements de texte comme WordPerfect ou Wordstar dominaient le marché. En revanche, la France avait adopté Word.

Chouchou des journalistes ?

Gates sort du métro parisien

Fait marquantà cette époque : la plupart des journalistes high tech à qui je parlais ne juraient que par Word, le traitement de texte qu'ils utilisaient à longueur de journée pour écrire leurs articles. Dès lorsqu'ils testaient un traitement de texte, celui-ci se voyait comparer à Word !

Du coup, Word récupérait énormément de publicité induite...

Imaginons un banc d'essai sur Wordstar. Le journaliste disait :

'nous avons trouvé qu'il était meilleur que Word dans la gestion des fautes d'orthographe, mais moins bon que Word au niveau ergonomie'.

S'il testait WordPerfect, il allait dire quelque chose comme ceci :

'Pour celui qui connaît Word, WordPerfect paraît bien complexe. On regrette qu'il n'y ait la possibilité d'utiliser la souris comme dans Word, etc.'

Word, Word, Word...

Le lecteur pouvait finir par acheter Word alors qu'il avait lu un banc d'essai d'un autre logiciel !

Faudrait-il croire que Microsoft France avait formé la plupart des journalistes à Word ? C'est bien possible. En tout cas, le jour où j'ai testé pour la première fois ce traitement de texte, j'ai appelé Microsoft France pour poser deux ou trois questions. La fille au téléphone m'a dit :

'Vous êtes où ?'.

Je le lui ai dit et elle est alors venue me faire une formation à Word ! Ni plus ni moins.

C'était probablement la clé du succès de Microsoft France : ils formaient les utilisateurs. On m'a souvent raconté qu'un type se pointait dans une boutique pour acheter un produit particulier, par exemple Framework (un produit concurrent). Et le vendeur se mettait à lui dire :

'nous avons un produit similaire qui est encore mieux'

Il faisait alors la démonstration de Works de Microsoft, qu'il connaissait dans le détail - et pas peu fier de faire montre de ses connaissances.

Certes, Microsoft France n'a pas seulement 'séduit' les journalistes. Ils ont également fait en sorte d'anéantir toute concurrence avec des méthodes que l'on pourrait trouver plus ou moins honorables avec le recul. Cela aussi, je le raconte dans cette histoire...

La filiale préférée de Bill Gates

Bill Gates au Centre Pompidou en 1988

En attendant, Bill Gates aimait donc beaucoup venir en France, visiter sa filiale n°1 - dans la photo ci-dessus, nous le voyons en compagnie de Bernard Vergnes au Centre Pompidou en mai 1988.

Il se trouve aussi qu'à cette époque, Bill Gates voulait à tout prix imposer Windows, son interface graphique. Celle ci était censée placer sur les PC le confort d'usage des Macintosh d'Apple. Mais personne n'en voulait. IBM lui avait dit non, Lotus lui avait dit non, WordPerfect lui avait dit non...

Il faut savoir que les deux premières versions de Windows (1985 et 1987) laissaient très fortement à désirer. Les PC n'étaient sans doute pas assez puissant pour faire fonctionner une interface graphique. Il se trouve aussi que dans ces 2 versions initiales, Windows était bancal, pas très joli, qu'il ralentissait très fortement les PCs. Donc, Bill Gates était seul à faire l'article quant à Windows et on pouvait penser qu'il prêchait dans le désert. Si vraiment on voulait une interface graphique, les Mac étaient bien mieux !

Et puis, le reste du monde a rejoint la France

Windows

Tout a changé en mai 1990 avec l'arrivée de Windows 3.0.

Windows 3.0 a été la grande surprise. Du jour au lendemain, les entreprises américaines ne voulaient plus que cela. J'ai assisté au lancement à New York et il fallait le voir pour le croire.

Windows 3.0 a fait de Microsoft le n°1 mondial du logiciel et Word et Excel se sont engouffrés dans la brèche. Et comme les autres éditeurs jadis n°1 comme Lotus n'avaient rien à offrir sous Windows, ce fut la panique chez tous les compétiteurs. Dans les charts de vente de logiciel, il n'y avait que du Microsoft aux premières positions !

Dès 1992, il n'y avait plus aucune concurrence notable à l'horizon. Microsoft pesait déjà plus que ses 4 premiers concurrents. Apple a commencé à voir ses parts de marché fondre comme neige et a même tenté une alliance avec IBM - jadis considérée par Steve Jobs comme l'équivalent de Big Brother.

Bill Gates dans la foulée est rapidement devenu l'homme le plus riche des USA, puis du monde.

Mais cela, c'est l'histoire que je vous raconte dans Bill Gates et la saga de Microsoft

Autres pages de l'auteur

Daniel Ichbiah a également écrit la biographie de Steve Jobs .

Voir aussi cette série d'articles originellement écrite pour SVM Mac et enrichie par la suite : Steve Jobs vs Bill Gates

D'autres biographies de créateurs de grandes sociétés de technologie sont accessible sur la page Documents du même auteur : Elon Musk, Larry Page & Sergey Brin, Jeff Bezos, Reed Hastings...

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Daniel Ichbiah a été deux fois n°1 du Classement Général des ventes
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Fiche de la page

L'histoire de Bill Gates - un best-seller de Daniel Ichbiah
Published by: Daniel Ichbiah
Date published: 02/10/2013
Edition: 1
ISBN: 9781291278705
Available in Ebook Paperback
Microsoft, Windows, Word, Office


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