Bernard Werber biographie - interviews exclusives

Voici une histoire palpitante dont le héros est un romancier. Cette page n'est qu'un avant-goût de la biographie qui va sortir d'ici quelques mois. Sa matière réside dans une dizaine d'heures d'interviews sur sa vie complète.

Daniel Ichbiah

Bernard Werber avec Daniel Ichbiah - 2019

Interviews réalisées le :

"Les générations futures se moquent des exploits réels, seul compte le talent du biographe qui les relate.

smile Avis aux grands de ce monde : peu importe ce que vous accomplirez, la seule façon de vous inscrire dans l'Histoire, c'est de vous trouver un bon biographe.
"

Bernard Werber - L'Empire des Anges
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La biographie de Bernard Werber
L'aventurier
Comment j'ai connu Bernard Werber
Interviews réalisées au fil des années
Décryptage d'oeuvres de Werber par lui-même
Extraits d'interviews réalisées pour le livre
Bernard Werber avec Daniel Ichbiah - 2019
La couverture souhaitée par City - à la fin août 2019

Bernard Werber, le roman d'une vie

Que dire… Il est bon que nous fassions ce travail avant que je perde la mémoire (rires).

Bernard Werber - 6 novembre 2018

Werber

Pour la première fois, Bernard Werber a accepté de se confier sur sa vie intégrale.

A partir du 6 novembre 2018, nous avons passé plusieurs après-midi au cours desquelles, il a remonté le fil de sa vie depuis le tout début (sa naissance en 1961) jusqu'au nouveau livre qu'il prépare pour la rentrée 2019.

 

robot Pour quelles raisons a-t-il voulu se confier ainsi ? Je vais paraphraser une citation de la série Le Prisonnier.

Vous le saurez en temps utile...

(musique de suspense)

Werber

That's the way I like it Certains témoignages sont émouvants comme lorsqu'il évoque la maladie dont il est atteint depuis son adolescence et qu'il a réussi à surmonter. S'ils peuvent aider certains à améliorer leur propre vie et à voir les choses différemment, que dire...

Werber

smiley Qu'allons-nous faire de toutes ces confidences ? Une biographie va voir le jour.

Werber

Au fil des mois, je partagerais certains extraits avec vous.

Amitiés à tous. -

Si vous le souhaitez, vous pouvez me contacter à l'adresse indiquée sur cette page.

Bonus : Petit moment de gêne quand Bernard Werber me présente à son fils Jonathan comme son "biographe officiel".

L'aventurier

Ce préambule est une esquisse et donc je la glisse discrètement. Elle risque d'évoluer au fil des mois. Le voici donc tel qu'il est à l'heure où vous lisez ces lignes. Au risque de vous donner envie d'y revenir régulièrement.

defilement

Bernard Werber est un aventurier. Ne vous fiez pas à son air bonhomme, son allure tranquille. Lancez-lui un défi et vous en aurez le cœur net. Ce garçon n'aime rien tant que les jeux. Et comme sa curiosité est sans borne, si vous lui présentez une expérience ludique inédite, il voudra s'y frotter sans tarder.

Bernard Werber est ainsi. Ouvert à tout. Enfin presque. Il a quelques lacunes, conserve quelques territoires inexplorés et dans lesquels il n'a aucune intention de s'immiscer - comme le jazz auquel j'ai vainement tenté de le séduire. Nobody's perfect.

Il reste que ce Pokémon particulier a de quoi étonner. N'a-t-il pas risqué une mort dantesque juste pour l'envie de capturer un cliché unique ? N'a-t-il pas réussi à dompter par lui-même, par sa seule sagacité, sa good vibration bien à lui, une maladie du dos que l'on juge habituellement fatale, sans issue ? Si votre menu romanesque vous porte vers la banalité, alors désolé, vous n'en trouverez point ici.

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Si l'on demande quelle est la profession de Werber, la plupart répondront 'écrivain'. De fait, Werber est un auteur doté d'une imagination fantastique, nourrie par un sens de l'observation affiné, une intelligence démesurée. Pourtant, plus les années s'écoulent dans le grand sablier du Temps et plus son rôle se diversifie. Werber s'apparente à une forme moderne d'Esope ou de La Fontaine, soit un penseur qui userait d'une forme ludique pour véhiculer son message.

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Comme on pourra le voir dans ces pages, dès sa première publication, Les Fourmis, il a voulu apporter une réflexion sur l'humanité, au travers de la description de cette consœur. Comme elle nous a précédé de plusieurs millions d'années, elle aurait, Werber en a la conviction, des leçons à nous apporter. D'ailleurs, suite à la parution de Les Fourmis, il a déploré qu'un grand nombre de lecteurs l'aient apparemment perçu au premier degré, soit comme l'histoire d'une fourmilière, alors qu'il souhaitait mettre en perspective les errements de l'humanité. Dans ses moutures suivantes (Le jour des fourmis, La révolution des fourmis), il s'est acharné à mettre les points sur les i.

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Au fil des œuvres, ce besoin de véhiculer une vision du monde, et de stimuler des prises de conscience est devenu plus accru. Que ce soit dans Nous les Dieux, La Troisième Humanité ou La Boîte de Pandore, Werber accentue ce penchant de philosophe de son époque, qui distille toujours davantage d'idées fortes. Depuis 2018, il va jusqu'à organiser des sessions au cours desquelles il propose au public de découvrir leurs vies antérieures. Cette position est assumée sans détours, comme s'il estimait qu'il est temps pour lui de passer à la vitesse supérieure quant à certaines idées qui lui tiennent à cœur.

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Que dire ? Certaines des théories de Werber peuvent laisser sceptique, comme lorsqu'il imagine un futur où les chats auraient pris le relais sur les Hommes. Toutefois, il en tire des intrigues particulièrement originales, alors ne boudons pas notre plaisir. N'oublions pas qu'un Clifford D. Simak a réalisé une œuvre de science-fiction qui est entrée dans la légende : Demain les chiens. Alors, si on peut l'accepter pour les chiens, pourquoi pas les chats ?

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J'ai personnellement connu plusieurs personnes qui avaient pareillement développé leur propre grille de lecture du monde, du passé comme de l'avenir. Le point troublant, c'est qu'elles essayent chacune d'étayer ce point de vue en citant des faits, qui viennent corroborer leurs thèses. Or, il se produit toujours, ici ou là, des événements qui semblent confirmer ce que l'on présente comme une intuition. De là à leur donner valeur de vérité, il y a un océan à franchir. Toujours est-il que Werber peut dériver vers cette sensation d'avoir vu juste à partir de faits isolés. Retenons une chose : il est à la recherche d'une vérité. Et cette quête en soi, a du bon, aussi longtemps que l'on intègre que d'autres poursuivent une même quête sur des voix parallèles.

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" C'est un précurseur, il a un temps d'avance " juge son amie Marie-Pierre Planchon. " Et comme d'autres précurseurs, il n'est toujours bien reçu par ses contemporains ".

Cela c'est sûr ! Comme on peut s'y attendre, ce no man's land dans lequel il opère, à la frontière de plusieurs genres, n'est pas compris par certains. On aimerait répondre à ceux qui froncent les sourcils que le statu quo, par nature a rarement fait avancer les choses. Bien des penseurs ou artistes célébrés de nos jours ont dû braver la gangue du diktat des bien-pensants. Rappelons aussi que, durant les années 60 et 70, on célébrait volontiers ceux qui sortaient des sentiers battus. Rentrer dans le rang est certes confortable, mais est-ce réellement ce que l'on attend d'un artiste ?

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Un facteur amusant, lorsqu'on lit Bernard Werber, c'est qu'il émaille ses œuvres de clins d'œil facétieux à ce qu'il a vu. On reconnaît aisément le Nouvel Obs dans le magazine Le Guetteur Moderne auquel participe la journaliste Lucrèce Nemrod. Parfois aussi, au sein de certaines intrigues, Werber utilise nommément des personnages qu'il a croisé sur son chemin, telle Lin Mi - qui est intervenue dans l'adaptation japonaise de Les Fourmis - ou Stéphane Krausz qui a réalisé le documentaire Le Conteur du Futur. D'autres références sont plus subtiles et si les intéressés se reconnaissent, il est probable qu'ils apprécient modérément la façon dont ils sont dépeints - même s'il faut parfois opérer une certaine gymnastique pour superposer la personnalité réelle à celle qui est décrite. Bernard Werber règle ainsi quelques comptes de façon feutrée. On s'amuse comme on peut.

L'écriture d'une biographie a quelque chose de fascinant. Lorsque je recoupe ce qui a été raconté par certains avec les faits, je tombe souvent des nues. On vous parle parfois d'acteurs qui en réalité n'ont jamais participé à un tournage précis, de dates 'impossibles', d'événements évoqués avec le point de vue du moment mais qui n'ont pas encore eu lieu… Parfois aussi, les uns contredisent ce que affirment d'autres. Il en ressort une étrange mixture dont il faut trier le bon grain de l'ivraie.

En tout cas, cette matière n'est pas toujours d'une fiabilité à toute épreuve. Ce que les uns et les autres ont retenu de ce qu'ils ont vécu peut se voir enjolivé, caricaturé, sublimé ou déprécié. Au fond le souvenir est un miroir déformant. La présente biographie n'est pas exempte de telles curiosités. La base est une dizaine d'heures d'interviews que Bernard Werber a bien voulu m'accorder. Elle a été complétée par énormément de témoignages de ceux qui l'ont côtoyé. Werber a relu le tout, procédé à des coupes sur lesquelles je m'abstiendrais de commentaires.

woman

Cet écrivain n'est pas mon favori et c'est sans doute mieux ainsi. Je suis avant tout admiratif de son savoir-faire. Pour le reste, je passe souvent d'une température à une autre lorsque je me frotte à ses créations. Ainsi, son court-métrage Nos amis les humains m'a caressé l'âme d'une patte féline et pourtant, le film Nos amis les Terriens, qui en a été le prolongement m'a laissé sur ma faim, parfois même horripilé, par sa vision clinique, moraliste et pavlovienne du genre humain. Que dire ? Au moins, je lui sais gré d'avoir essayé.

Dr Jekyll

Il est également vrai qu'il existe deux facettes de Werber, dont l'un fascine et l'autre peut intimider.

L'une est un ersatz de moine bouddhiste, humble et chaleureux, qui paraît aspiré par un idéal de sagesse. Un être de plume détaché et philosophe.

La face cachée de la lune est celle du scientifique de laboratoire, isolé du monde par une carapace d'équations, un docteur Jekyll désabusé, qui pourrait sembler à tort méprisant de ses semblables, réduits à un vaste troupeau de dominants / dominés. Cet entomologiste en combinaison anti-microbienne pourrait sembler dépourvu de compassion pour les hamsters qu'il observe, une règle à calcul sur l'oreille.

Curieusement, le personnage peut passer dans une même journée de l'approche zen à une certaine vision étriquée de l'histoire humaine. Précisons tout de même que le Werber obscur est minoritaire et que la lumière l'emporte sur le taciturne.

le rire du cyclope

Je n'ai pas lu tous les romans de Werber, juste une bonne dizaine. Ils m'ont procuré des impressions variées. Une palette très large car quand cet écrivain est bon, il est grandiose. Parfois aussi, j'ai été moins accro, allant jusqu'à décrocher temporairement, à 'sortir du film', à attendre que cela se termine sans réellement me prêter au jeu. J'ai eu bien des discussions avec Bernard, et j'ai compris une chose : il n'écrit pas pour moi.

Au fond, cela tombe sous le sens.

Il écrit pour vous. Pour toucher des millions d'individus.

Hawaii

Prenons un parallèle. L'album que j'ai le plus écouté a été créé par un groupe, The High Llamas. Tout se passe comme s'ils composaient de la musique rien que moi. C'est inexplicable, mais c'est comme cela. Ils font des disques comme je les aime. Seulement voilà, lorsqu'ils sont venus à Paris (j'emploie le passé car j'ai l'impression qu'ils ont jeté l'éponge, snif), nous étions une centaine tout au plus, dans une petite salle à l'extérieur de la capitale. D'ailleurs, à la fin d'un concert, je suis allé voir le chanteur pour lui dire que leur disque 'Hawaii' est celui que j'avais le plus écouté. Il ne parvenait pas à y croire. Il m'a dit :

"Quoi, plus que les Beatles ?"...

En tout cas, nous n'avons été qu'un petit nombre à les apprécier.

voie lactée

CQFD. Werber, lui a un message universel. Il touche des gens de toutes conditions, des jeunes qui le reste du temps ne lisent pas, des voisins de palier qui sont à la recherche d'un mix d'aventure, de philosophie, de conseils de vie... Un cocktail qu'il maîtrise à merveille.

La réalité est ailleurs. En vrai, je suis assez fan du personnage. Désarçonné par sa simplicité. Je savoure la façon zen dont il se sort de certaines interviews traquenards alors qu'il est passé à la moulinette par des détracteurs qui s'affichent ouvertement comme tels. Au fil des années, Werber a concocté une personnalité médiatique à la Jonathan Livingstone le Goéland, qui lui donne l'air de survoler les affres terrestres d'un sourire de Dalaï Lama. Bien joué, Bernie !

Sholim

De vous à moi, je n'adhère pas du tout à certaines de ses théories. Je garde mes distances sur un grand nombre de points. Parfois, désolé, je n'arrive simplement pas à 'marcher dans la combine'.

Désolé, je ne parviens pas à imaginer comment un chat à qui l'on a greffé une clé USB va se connecter à des sites Web et accéder ainsi à toute la connaissance humaine. Désolé, il me manque des chaînons. De même, je ne m'autorise pas à croire qu'une expérience menée sur des rats pourrait autoriser une conclusion sur les humains. Ou alors qu'on me présente le rat qui a construit les pyramides d'Egypte… Parfois aussi, j'ai des réserves sur des détails que certains trouveraient sans doute sans importance, comme lorsque l'âme de Jim Morrison qui flotte au Père Lachaise se révèle un fan du groupe Van Halen. Mais ce n'est pas grave. J'apprécie le fait que l'on puisse oser formuler de tels points de vue, aussi abracadrants puissent-ils sembler. Les formuler, les défendre, jouer avec. Bref, ce garçon est "perché" ! Mais pas plus que Dali ou Tim Burton.

Enfin, ce garçon suscite même un étrange sentiment que vous avez sans doute éprouvé : j'ai régulièrement besoin de savoir qu'il va bien. Il nous est précieux.

Daniel Ichbiah

L'incroyable histoire du livre Les Fourmis

A propos d'une anecdote sur l'histoire du roman Les Fourmis.

Je te le raconte aussi pour que cela existe quelque part.

(...)

Parce que personne ne connaît cette histoire...

Bernard Werber - 26 novembre 2018

werber et daniel

 

Vous le comprendrez aisément, je ne peux pas vous livrer l'intégral de ce que j'ai recueilli de Bernard Werber sur l'histoire de Les Fourmis.

Voici toutefois quelques extraits choisis qui illustrent bien les grandes étapes de la genèse de Les Fourmis.

Ces transcriptions d'interviews ont été réécrites par moi mais rien n'a été déformé au niveau des idées.

 

 

Premières expériences sur les fourmis (vers 1966)

Quelles étaient tes distractions durant les vacances d'été ?

L'été, mes parents m'envoyaient en colonie de vacances et, c'était l'horreur : impossible de dessiner, raconter des histoires.... Rapidement, j'ai proposé une alternative : passer juillet août dans la villa des grands-parents. Ils avaient une villa à la Côte Pavée - un quartier de Toulouse…

Certes, je m'ennuyais énormément à être seul dans cette villa pendant que grand-père s'occupait du jardin, J'ai donc trouvé deux activités.

La première, c'était Chapeau Melon et Bottes de Cuir avec Diana Rigg, qui était diffusé l'après-midi.

La deuxième, c'était d'aller dans le jardin avec des pots de confiture et tenter de mettre des fourmilières dans des pots que scellais…

Au bout d'un moment, j'ai compris qu'il leur fallait de l'air et j'ai donc percé des trous ! Puis j'ai vu comment les nourrir. Elles dépérissaient toujours du fait de l'absence d'une reine - ce que j'ai également compris.

C'est donc là que ta liaison avec les fourmis a démarré. Et tu t'intéressais à d'autres locataires du jardin ?

J'avais aussi des élevages de têtards - il y avait un fossé avec un marécage à côté. C'est là que j'ai vu avec surprise l'évolution à l'œuvre : les forts éliminent les faibles et ceux qui deviennent des grenouilles sont ceux qui ont bouffé tous les autres. Le monde de l'école ressemblait à celui des têtards : les plus gros dévorent les plus petits.

Cette image d'une société dure n'était pas celle des fourmis - elles aidaient les blessés, n'abandonnaient personne ; dès qu'il y avait un problème, il existait une solidarité.

Chez les fourmis, c'est que ce n'était pas la force qui importait mais l'alliance. On avait l'impression qu'ils étaient tous amis. C'était un spectacle séduisant.

 

 

1978 : une nouvelle sur les Fourmis

Grâce au magazine, j'ai fait connaissance avec Fabrice Coget un dessinateur, du lycée Saint-Sernais qui se trouvait à 500 mètres de Ozenne. Avec lui, nous avons réalisé des bandes dessinées à partir de 1978.

(...)

Fabrice Coget réalisait des bandes dessinées pour La Soupe à l'Ozenne, et je le fournissais en scénarios. Et donc, en 1978, j'ai eu cette idée de bande dessinée.

Là-dessus, Paris Match a publié une interview de Frédéric Dard dont la verve me laissait pantois - c'est l'auteur des San Antonio - où il disait :

"Pour être écrivain, il faut écrire tous les matins de 8 :00 à midi et demi ".

Il insistait sur la nécessité d'établir une discipline quotidienne. J'ai adopté cette règle.

Du coup, la nouvelle s'est développée. A un moment, une histoire, c'est comme une graine, ça pousse à sa propre vitesse.

(…)

 

 

1979 : comment le suspense a été intégré aux Fourmis

Une aventure dans les Pyrénées te fait découvrir le pouvoir du suspense…

La nouvelle sur Les Fourmis n'arrêtait pas de grandir et prenait la forme d'un livre. Pourtant, quand je le donnais à lire, mes amis décrochaient. Ils disaient :

" Désolé, je ne m'intéresse pas aux fourmis ".

Même ma compagne de l'époque, Catherine a entonné ce couplet :

" Écoute, Bernard, les fourmis, ce n'est pas pas mon truc… ".

Et puis, il y a cette randonnée vers un pic, à Saint-Gaudens en mai 1978 ou 1979… Nous sommes partis à la recherche d'un gîte à 13 :00. Nous n'avons cessé de monter dans des conditions dantesques, nous avons affronté la pluie, la grêle, le froid... Certains laissaient éclater leur angoisse, d'autres leur amertume. Nous avons abouti qu'à 2 heures du matin, après mille efforts, complètement épuisés et transis.

Une fois dans le gîte, comme nous grelottions, nous n'arrivions pas à trouver le sommeil. Alors, un gars, David, a raconté une très longue blague à propos d'un type qui, chaque fois que son père veut lui faire un cadeau, réclame une balle de tennis jaune. A chaque grande occasion, il ne réclame que ce seul cadeau et c'est d'autant plus étrange, qu'il ne joue pas au tennis. La blague se prolonge ainsi durant une dizaine de minutes.

Quelle était la chute ?

Il n'y en a pas ! La blague aboutit à un cul de sac, elle crée une situation de frustration.

J'ai tout de même été émerveillé : son histoire nous avait tenus en haleine, faisant oublier, le froid, l'humidité, les rancœurs, la peur. Elle nous avait apaisé et même créé un phénomène libérateur.

Cela m'a fait comprendre une chose : il faut créer chez le lecteur un manque, un désir très fort. Une fois que ce désir est présent, il faut la satisfaire à petites doses. C'est un peu du teasing. On donne un peu mais pas trop, de telle manière que le lecteur a toujours faim et avance. Si on lui donne tout trop tôt, il est rassasié et ne progresse plus. L'objectif c'est de lui faire tourner les pages pour aller jusqu'au bout.

A partir de là, j'ai écrit une nouvelle de quatre pages qui s'appelait La Cave. Je l'ai fait lire à Catherine et elle a dit :

" C'est génial ! C'est cela que je veux lire. Pas Les Fourmis. "

L'idée est alors venue de mélanger des bouts de La Cave avec des bouts des Fourmis. Le mystère de la cave allait servir de locomotive pour que les gens s'intéressent aux Fourmis. J'avais mis au point un système obsédant, à même de faire tourner les pages.

 

 

1980 : Discipline d'écriture tous les matins

Est-ce que Les Fourmis continue de se développer ?

Il y a comme un flou dans mon souvenir… En tout cas, une fois à la Fac de Droit, je n'avais plus à aller à l'école le matin. Cette libération des matinées m'a transformé en écrivain. J'ai pu suivre fermement la discipline évoquée par Frédéric Dard d'un travail d'écriture quotidien de 4 heures et demi. Cela a été une force. Je suis devenu mon propre 'patron', avec ma propre règle de vie.

Personne ne le sait mais entre 8 :00 et 12 :30, tous les jours, je suis avec moi-même en train de travailler sur une histoire.

 

 

1982 : Une fourmillière dans la baignoire

Tu vivais comment à Paris ?

Je vivais dans une petite chambre sous les toits, au 7ème étage, boulevard de Strasbourg, avec toilettes sur le palier. Ma baignoire accueillait une fourmilière. J'utilisais la douche et leur laissais la baignoire. Ce petit monde s'étalait sur un mètre de long et 70 centimètres de haut. C'était une cité avec 1 600 individus et 6 reines.

Les petites amies en visite étaient effrayées, elles avaient peur que les fourmis s'enfuient - c'était de grosses fourmis des forêts, des fourmis rousses de bois, comme l'héroïne de mon livre. Moi, j'avais surtout peur qu'elles meurent ; il est difficile d'entretenir une fourmilière. La petite communauté des éleveurs de fourmis à domicile m'apportait ses conseils.

En septembre 82, la version des Fourmis intitulée P63 fait déjà plus de 1 000 pages. Tu a alors l'ambition d'une saga comparable à Dune ou Fondation ?

Je ne cessais jamais d'écrire. Tout ce qui m'arrivait influençait mon écriture. Je n'ai pas arrêté de le réécrire, je l'ai réécrit au moins cent fois.

Il paraît qu'il y a eu une version avec des acrostiches : les premières lettres de chaque phrase formaient un récit caché  !

Oui, j'ai tenté énormément d'approches. J'avais appris que Dune avait été écrit sur les cartes du tarot, et à un moment, j'ai voulu qu'il y ait un sous-système caché dans le système.

 

 

1983 : Bernard Werber photographie des fourmis magnan

Et comment se passe ta vie d'aspirant journaliste ?

En 1983, j'ai décroché un prix la meilleure idée de reportage organisé par les cigarettes News en vue de se donner une bonne image. Mon thème ? Photographier de près des fourmis carnivores, mangeuses d'hommes. Ils offraient le voyage, sans trop y croire : ils étaient sûrs que j'allais me déballonner. Que nenni. J'ai investi mes économies pour acheter d'occasion un appareil photo Nikkormat de Nikon, avec un énorme zoom, un appareil très lourd, tellement robuste qu'il peut arrêter les balles.

Je pensais disposer de temps pour préparer mon reportage. Or, dès la semaine suivante, une équipe de scientifiques s'apprête à débarquer au centre de Lanneteau. Il est entendu qu'ils vont rester une semaine et que je peux les accompagner. Du jour au lendemain, j'ai dû partir illico presto en mars 1983.

(…)

Quid de la rencontre avec les fourmis magnan ?

Un jour, on nous a signalé qu'elles étaient sorties - elles sortaient en fonction de la chaleur. Elles formaient un fleuve noir de grosses fourmis carnivores aveugles qui avancent en anéantissant tout sur leur passage. On entend de loin le bruit des petits animaux qui se font tuer ou qui tentent de s'envoler ou de bouger. Ils reçoivent cet assaut, comme de la lave noire qui avance.

C'est un endroit où la Nature est plus forte que l'Homme et nous n'avons pas de solution : quand cette rivière de fourmis avance à environ 5 kilomètres / heure, personne ne peut l'arrêter. Si un village d'autochtones se trouve sur leur chemin, ils mettent les pieds des chaises dans des bassines remplies de vinaigre. Le grand danger, ce sont les enfants en bas âge.

Les mâchoires des magnans sont tranchantes comme des lames de rasoir. D'ailleurs les baoulés utilisent ces mâchoires pour faire des sutures : quand ils ont une plaie, ils la font mordre par une fourmi, puis ils arrachent le corps et laissent la tête plantée pour refermer la plaie.

Vers midi, quand la chaleur est à son comble, ces fourmis font un bivouac : elles creusent rapidement sous terre une sorte de nid temporaire. Il y avait à peu près 50 millions d'individus.

Nous avons suivi les fourmis et avons creusé un fossé d'à peu près un mètre de profondeur autour de ce bivouac, pour essayer de trouver la reine. J'avais préparé mon appareil.

J'imagine que vous disposiez d'un équipement pour se protéger de ces mangeuses d'homme ?

Tous les autres scientifiques - ils étaient six ou sept - portaient de grandes bottes d'égoutier avec un produit répulsif pour éloigner les fourmis. Hélas, il n'y avait pas de bottes à ma taille, il n'y avait du 36 et je chausse du 43. Donc j'avais juste mes pataugas, fourrés dans mes chaussettes.

Au moment d'entrer dans le fossé rempli de fourmis, Leroux m'a dit :

" Fais attention, elles essayent de s'introduire par n'importe quel orifice, donc, il faut les boucher. Cela consistait éviter qu'elles entrent dans les oreilles, dans les narines, dans la bouche et aussi dans les fesses - il fallait donc serrer les fesses en même temps que je faisais la manip' ".

Les fourmis m'ont rapidement recouvert tandis que les boys creusaient. J'étais sur le qui-vive avec l'appareil photo. Au moment, où j'ai enfin pu voir la reine des fourmis, j'étais entièrement recouvert et ils hurlaient

" Sors de là ! Sors de là ! ".

Mais je n'avais pas encore la photo et je restais pour l'obtenir.

A un moment, mon boy Kouassi Kouassi m'a soulevé par les bras et m'a sorti. Avec leurs machettes, ils ont raclé les milliers de fourmis qui avaient plantées leur tête dans mon épiderme - elles n'étaient pas arrivées jusqu'au sang.

Wow ! Indiana Jones n'a pas eu froid aux yeux !

J'étais là pour avoir ma photo, je la voulais et je l'ai eue ! J'ai rapporté mon premier grand reportage et il m'a bien servi. A mon retour il a été acheté par plusieurs magazines dont Ça M'intéresse.

Pour tes débuts de reporter, c'est un joli passeport.

Oui mais… Les gens de Ça M'intéresse m'ont dit :

"on vous prend le reportage mais on va le faire signer par quelqu'un d'autre ".

Ils ne t'ont même pas cité ?

Ils m'ont dit qu'ils allaient placer un petit encadré avec mes photos et signalant mon aventure. J'ai réalisé que ce métier serait difficile.

(...)

 

 

1985 : Albin Michel voudrait un essai, pas un roman

J'avais revendu plusieurs fois le reportage sur les fourmis, dont une fois à l'Evénement du Jeudi. Et j'avais aussi écrit pour eux un article qui s'appelait : " un seul cerveau pour toutes les fourmis du monde ", en mars 1985.

Là-dessus, Francis Esménard, le patron de Albin Michel, m'a envoyé une lettre écrite de sa main, avec ce mot :

" J'ai adoré votre article. J'aimerais bien que vous en fassiez un livre. "

Je suis allé chez Albin Michel, et j'y ai rencontré un dénommé Jean-Pierre Morcrette, un ancien colonel, et là, surprise ; il passe commande d'un livre sur les fourmis !

- Ça tombe bien, j'ai écrit un roman sur le sujet, je l'ai déjà envoyé à Albin Michel…

- Un roman ? Ah non ; nous voulons un essai.

- Moi, je ne veux faire qu'un roman.

- Et bien, restons-en là.

- Et si je veux faire publier mon roman par Albin Michel ?

- Alors, il faut passer par le comité de lecture qui reçoit les manuscrits.

J'ai envoyé ma dernière version, et le comité de lecture m'a renvoyé la lettre-type de refus. Pour moi, à partir de là, Albin Michel, c'était fini.

(...)

 

La suite de cette histoire se trouve ici : La négociation autour des fourmis

Comment j'ai connu Bernard Werber

Daniel Ichbiah Bernard Werber
Daniel Ichbiah en 1995

1995...

C'est la grande révolution d'Internet et du multimédia...

C'est une époque où la télé, les radios et autres médias se posent tout plein de questions sur ce domaine et où ils font régulièrement appel à des journalistes spécialisés jeu vidéo ou Internet pour traiter de ce domaine.

Daniel Ichbiah en 1995

En tant que journaliste spécialisé, je suis aux premières loges. Les passages télé se succèdent. J'ai conservé quelques vidéos et elles sont touchantes comme lorsque mon chat, paisiblement installé sur mon écran car il y fait chaud, se lèche copieusement les pattes tandis que je tente d'expliquer en quoi Internet est une révolution !

Bio Bill Gates

Je viens de sortir la biographie de Bill Gates chez Pocket. J'ai eu un droit à un passage au 20 heures de France 2 et à bien d'autres retombées. Le livre s'est classé n°9 des ventes. Autant dire que ça se passe bien.

Paris Match m'a envoyé aux USA afin de réaliser une interview de Bill Gates, je traite des pages 'Cyber' dans un magazine branché qui s'appelle MAX, je fais des chroniques sur ce sujet dans VSD...

Nuit Cyber

Voilà que Canal+ s'y met. Alain Le Diberder qui est directeur des nouveaux programmes s'est mis en tête de réaliser une "Nuit Cyber", soit une nuit consacrée à cette nouvelle révolution, programmée pour le 26 janvier 1996.

Nuit Cyber

Chine Lanzman, qui anime l'émission Cyberculture a été chargée de proposer deux olibrius pour réaliser des textes drôles sur la cyberculture. Et elle choisit deux personnes : moi-même et Bernard Werber. Il se trouve que cet écrivain alors célèbre pour le succès des Fourmis est aussi un grand fan de science, de high tech et de jeux vidéo. Le duo est formé.

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A l'époque, je ne connais pas Werber, je n'ai pas encore lu Les Fourmis - ce que je m'empresse de faire aussitôt, pour ce livre comme Le Jour des Fourmis.

Et comme nous devons travailler ensemble, Bernard Werber et moi-même nous rencontrons très souvent. Je découvre un drôle de petit lutin jovial, qui a un univers fort particulier. Par exemple, dans un grand cahier, lui et son épouse ont placé des photos de leur fils Jonathan jour après jour - à une époque où il faut encore prendre des clichés "à l'ancienne", les faire développer. Werber me fait découvrir des jeux vidéos qu'il apprécie, je découvre un étrange personnage féru de science et réputé comme tel mais également capable de faire des blagues de lycéen !

telephone

Par exemple, quand je l'appelle et lui dis :

- Allo, c'est Daniel Ichbiah à l'appareil.

Il répond :

- Salut, Daniel Ichbiah à l'appareil !

Puis il éclate de rire.

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En tout cas, à cette époque, je bosse sur un livre qui va être consacré aux objets intelligents et connectés - je suis un peu trop en avance, ça m'a parfois joué des tours. Bernard Werber me conseille plusieurs lectures. Je découvre la série Les robots d'Asimov que j'avais négligé. Et surtout, il m'introduit à celui qui va devenir mon auteur préféré, Philip K. Dick.

Et donc voilà, nous nous voyons souvent, bien au-delà du travail que nous a commandé Canal+. D'une certaine façon, ce personnage me fascine. Il ne ressemble à personne. Il est incroyablement sympathique, tout en étant parfois désarmant pour son humour candide. D'ailleurs, il est étonnant de voir comment ce que nous livrons à Canal+ est incroyablement différent. Werber donne volontiers dans des blagues bon enfant.

Je n'ai pas gardé trace de ce qu'a écrit Bernard, mais je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques uns des textes que j'avais écrits pour "La Nuit Cyber".

C'est assez représentatif d'une certaine époque où ces outils étaient encore nouveaux... Le Web était encore à ses balbutiements, dans Jurassic Park, nous avions vu les premiers dinosaures en images de synthèse; à Hollywood on évoquait le potentiel d'acteurs virtuels...

 

 

Un nerd énervé : Qui a débranché ma PlayStation pour mettre la télé ?
Une femme blasée : Faire l'amour avec un robot, pourquoi pas ? Du moment qu'il ne pue pas sous les bras.
Un technoide : Désolé, Sandra, je ne peux pas sortir ce soir. Je suis coincé dans l'espace-temps parallèle du troisième niveau de Myst.

 

Arlette Laguillier : Cyber acteurs ! Cyber acteuses ! Le jour où Hollywood saura créer des acteurs sur ordinateurs, notre seul moyen de lutte sera de programmer des virus afin que le Schwarzie et la Madonna de synthèse refusent de travailler.

 

Un présentateur télé : William Gibson comparait le cyberspace à une hallucination collective. N'est-ce pas une définition applicable à la télévision ?
Un enfant avec son père :
- Mais comment on représentait les dinosaures avant les ordinateurs ?
- En filmant les lézards en gros plan.
Une interview de recrutement :
- Donc vous voulez devenir pilote d'Airbus. Vous avez une formation ?
- J'ai 2.000 heures de vol sur Flight Simulator et 300 sur Apache !

 

Un joueur blasé : De mon temps, on jouait à Pong dans les arrières-salles des bistrots. A partir de PacMan, l'esprit pionnier a été perdu.
Un jeune adulte : Avant d'être un joueur, je n'avais aucun succès auprès des filles. Aujourd'hui, je suis bien trop occupé à chasser les Kilrahi pour penser aux nanas.
Un type triste : Moi qui vivais en permanence dans un monde virtuel, j'ai été surpris quand les huissiers ont fracassé ma porte et emmené mon ordinateur.

 

Ceux qui ont peur du cyber sont les mêmes qui avaient peur des dinosaures au Jurassique.

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Et puis, un jour, il me semble que c'est à l'autombe 1996, j'appelle Bernard Werber, et ce jour là, il broie du noir. Il s'en est d'ailleurs confié dans son blog personnel où il écrit :

"1995 Déprime. Un peu dégoûté du monde des livres, je me mets à peindre. Puis je me reprends et écrit "La Révolution des Fourmis". Pas le choix. Vu qu'il n'y a que cette vitrine de connue, je vais l'utiliser pour continuer à faire passer mes idées."

Et oui... Je l'ai compris bien plus tard, mais Werber vivait alors fort mal la mévente de son livre Les Thanatonautes. Toujours est-il que ce jour-là, quoi que je dise est passé à la moulinette d'une humeur sombre.

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A un moment, pour soulager l'atmosphère, je lui parle d'un livre que je viens de sortir sur les objets intelligents. Et là, Bernie lâche une phrase qu'il ne faut jamais au grand jamais lâcher à un artiste dont l'oeuvre vient de sortir. Il me dit, désabusé, que ça ne marchera pas... (Je précise que Werber ne s'en souvient pas et affirme qu'il ne m'aurait jamais dit cela).

A tort ou à raison, j'ai été vexé et les relations se sont quelque peu distendues. Nous nous sommes revus de temps à autre à l'occasion de salons ou festivités. Mais il manquait un petit je ne sais quoi...

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Au fil des années j'ai vu Bernard décoller vers les cimes. Et conserver une belle simplicité dans les rapports humains. Chaque fois que j'avais une interview à faire, que ce soit pour un magazine, pour Youtube ou autre, il a répondu présent. Et quelque chose d'intime a dû subsister car lorsque j'ai évoqué l'idée de cette biographie en 2018, il m'a même dit :

J'accepte parce que c'est toi.

Cool, Bernie !

Voici quelques unes des interviews que nous avons menées au fil des années.

Interviews de Bernard Werber au fil des années

M6 | Direct Emploi - décembre 2006

Quand un visionnaire se penche sur les métiers du futurs

"J'ai démarré dans un métier ennuyeux… J'étais archiviste, " raconte Bernard Werber. " J'ai fini par trouver des choses intéressantes dans cette activité. Ce n'était pas suffisamment intérêt pour que je continue à l'exercer à la longue, mais j'essayais à chaque fois de trouver une façon de le faire qui fasse que ce travail ait un sens, que j'aie l'impression de progresser et d'apprendre des choses ".

Tel est le message que voudrait faire passer Bernard Werber, ce personnage aussi modeste qu'il est mondialement adulé : chacun doit se montrer créatif dans son métier.

" On peut trouver une dimension de créativité partout : dans la cuisine, dans la création de vêtements…"

Il affirme aussi qu'il importe, pour celui qui démarre, de privilégier une passion à la simple recherche de gain financier, car ce faisant, le plaisir sera de la partie et il aidera à l'épanouissement des compétences.

Avec Marc Levy, Werber est devenu l'un des auteurs français les plus lus dans le monde. Depuis la parution de Les Fourmis en 1991, il a vendu près de vingt millions d'exemplaires de ses divers livres. Et comme il s'astreint à publier un nouveau roman ou essai à chaque rentrée littéraire, ce prolixe écrivain est devenu un habitué des hit-parades de vente de fin année.

Dès sa jeunesse, Werber a développé une passion pour des thématiques aussi variées que l'électronique, l'astronomie, mais aussi la civilisation Maya ou le mystère de l'île de Pâques. Doté d'une formation mathématique solide, il a longtemps officié comme journaliste scientifique. D'un tel parcours, il a tiré une forme de récit originale, faisant alterner une partie scénarisée, souvent teintée de science-fiction et une partie encyclopédique, composée de théories scientifiques et de réflexions sur le devenir de l'Homme.

Nous avons interrogé ce visionnaire sur les métiers du futur et que l'on ne s'en étonne pas, son imaginaire s'est aussitôt débridé. Et d'égrener les fonctions de " navigateur de voilier solaire dans l'espace ", " gestionnaire de l'éco-système d'un vaisseau ", " généticien " (pour recréer en d'autres lieux une nouvelles faune et flore) ou encore " percepteur des cycles de la mode ou de l'art ". Plus près de nous, il voit se développer de nombreuses activités liées à l'essor des mondes parallèles sur Internet, telle la vente d'objets dans de tels univers, comme elle se pratique déjà aujourd'hui sur des jeux en ligne.

" Des activités de commerce vont émerger sur ces mondes virtuels et il faut le suivre de près. "

Et d'une manière plus immédiate encore, il prévoit une demande de plus en plus énorme pour tous ceux qui sauront réparer les objets technologiques que nous utilisons de façon usuelle :

" Réparateur de téléphone portable parce que le mien tombe toujours en panne, réparateur d'ordinateur parce que j'en ai toujours un qui tombe en panne… De manière générale, tous les réparateurs me semblent avoir beaucoup d'avenir ! "

Par ailleurs, Werber estime que le secteur des assurances est appelé à se développer à un niveau que nous n'avons pas soupçonné jusqu'alors.

" Les gens ont besoin de se dire que quoiqu'il arrive, il y a quelqu'un quelque part qui va les rembourser. Il faudra peut-être imaginer une assurance pour les histoires d'amour foireuses, une assurance pour celui qui n'a pas trouvé de boulot… L'assurance, ce sont des gens qui vous rassurent avec du rêve. "

Pour finir, Werber anticipe le développement d'une nouvelle forme de professionnels du soin, dotés d'une vue globale de la personne.

" Il faudra qu'il ne fasse pas que soigner le symptôme mais qu'il dise que ce symptôme fait partie d'un déséquilibre général."

Et de prévoir une immense popularité pour les métiers qui sauront cultiver une vision globale plutôt que spécialisée.

En tant que créateur de mondes, Werber donne libre cours à un imaginaire audacieux et complexe. Ceux qui aiment le cinéma auront le plaisir d'apprendre qu'en avril, il sort son premier film : " Nos amis les Terriens "…

Tribune Juive - 2009

Interviews 2018 - 2019

SVM Mac - juin 2009

SVM Mac

L'auteur des Fourmis et de Nous les Dieux est un lutin, un touche à tout, un esprit curieux doublé d'un imaginaire audacieux. C'est également un amoureux de la technologie qui ne se déplace jamais sans son Macbook Air. D'ailleurs, dans son dernier roman, Paradis sur Mesure, l'une des nouvelles, " La guerre des marques " évoque la conquête spatiale avec des vaisseaux Mac qui entrent en conflit avec des vaisseaux Windows ! Le ton est donné…

Vous avez longtemps été un utilisateur de PC. Qu'est ce qui vous a fait passer au Mac ?

Il se trouve que j'ai chopé un virus sur Internet lorsque j'avais mon PC et j'ai perdu mes créations. Ce n'était pas la première fois. J'avais déjà eu un problème avec un utilitaire PC qui doublait la taille du disque dur. Ce petit programme a cessé de fonctionner et à ce moment là, j'ai perdu beaucoup de manuscrits…

Est-ce à dire qu'il y a des œuvres de Bernard Werber que nous ne verrons jamais car elles ont disparu lors de ce plantage ?

On peut considérer qu'il y a environ vingt romans de 300-400 pages qui ont été détruits par ces problèmes d'ordinateurs. Cela dit, soit je les ai repris autrement, soit j'ai considéré que c'était un signe et qu'il fallait les abandonner.

C'est donc à ce moment là que vous considérez l'option Mac ?

J'ai considéré que je devais laisser tomber le PC, un peu comme lorsqu'un chien vous a mordu et que vous n'avez plus confiance. On m'avait dit le Mac était plus sûr et plus stable. J'avais toujours trouvé que Mac OS 9 était moche mais Mac OS X est apparu et je l'ai trouvé très joli, fluide et fort en avance.

Vous êtes devenu un vrai fan des produits Apple…

Je suis devenu Macophile, comme on dit, parce que tout est pensé avec une sorte d'intelligence. Dans ce monde de brutes, l'utilisation des Mac m'apporte des satisfactions quotidiennes. Il y a des moments où tout m'énerve, tout m'agace mais mon Macbooc Air ne m'apporte que des plaisirs. Le fait qu'il marche tout le temps bien est une sorte de repère de ma vie. Pour moi, c'est une gourmandise les Mac. J'aime leur design, leur toucher, tout est réfléchi et subtil.

Quels sont les aspects du Mac utile à votre écriture ?

La fonction Veille. Je n'allume pas et n'éteins pas la machine, elle est constamment en mode Veille. Si dans la nuit j'ai une idée, je me lève, j'appuie sur une touche de mon Macbook Air et je la note. C'est ce que j'attends d'un ordinateur.

Un mot sur le design des machines elles-mêmes ?

Le G5 j'ai actuellement est trop éblouissant, il m'aveuglait. Heureusement, j'ai trouvé un petit utilitaire qui me réduit l'intensité lumineuse. Auparavant, j'en avais marre, je bronzais en regardant l'écran !

Est ce que le traitement de texte a changé votre façon d'écrire ?

Le traitement de texte, pour moi, c'est une longue histoire. J'ai commencé sur l'Oric Atmos sur lequel je créais mes propres traitements de texte en BASIC. Autant dire que je tape depuis longtemps. Ce n'est pas tant le traitement de texte qui a changé ma façon d'écrire mais la fonction Plan. Elle me permet de zoomer et dé-zoomer à l'intérieur de mon texte, d'y faire du montage de type cinéma en déplaçant des blocs de texte.

Vous ne revenez jamais à la plume ?

Non, si j'ai une idée je la note sur mon téléphone mobile. Je n'écris jamais, je n'ai pas de stylo.

C'est original pour un écrivain…

Je me suis retrouvé dans des débats au tout des années 90 où je défendais comme une sorte de sorcier, l'utilisation du traitement de texte. En face, on me collait un auteur qui disait que je n'étais pas un véritable écrivain parce que j'utilisais un ordinateur et que cela signifiait qu'il faisait le travail à ma place. Ils avaient une vision fantasmatique de l'informatique. Pour eux, utiliser un ordinateur était un acte de science-fiction. Je leur répondais que de nos jours, Victor Hugo aurait utilisé le traitement de texte. Je ne vois pas pourquoi il se serait privé des outils de l'époque. La nostalgie de la plume d'oie trempée dans l'encre sur le parchemin me semblait juste une vision archaïque. Comme je tape très vite avec les dix doigts, le traitement de texte me permet d'aller très vite et de projeter sur l'écran tout ce que je pense.

Quelle est votre actualité d'écrivain ?

Le 1er avril, j'ai sorti la 3ème édition augmentée de l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. Mon prochain roman sort, comme tous mes livres, le 1er octobre et ce sera un thriller psychologique dont je ne peux donner encore le nom.

Pourquoi le 1er octobre ?

Pour être sûr de ne pas avoir de prix littéraire !

Propos recueillis par Daniel Ichbiah

Comment ça marche - juillet 2010

À travers ses romans, l'écrivain Bernard Werber nous fait régulièrement entrevoir à ses hypothèses sur le devenir de la civilisation. Quelle est la part d'imaginaire et la part de convictions personnelles ?

Vision du Futur

Depuis quelques années, la plupart de vos livres ont trait à des futurs potentiels. Vous définiriez-vous comme un visionnaire ?

Personnellement en tant qu'auteur, je me sens un devoir de parler du futur avec pour approche : " imaginez ce qui se passerait si telle chose arrivait et peut-être préparez-vous à gérer ce genre d'événement… " Ce n'est pas une œuvre prédictive. Le concept est de mélanger philosophie et science-fiction, pas dans le sens de fusées extraterrestres mais dans le sens d'un changement de mentalité et de valeurs, d'explorer où nous mènent certaines directions. Pour le reste, nous sommes à une époque où il n'y a plus de visionnaires. Les économistes ont renoncé à prédire l'avenir, les politiciens et les philosophes ne s'y risquent guère davantage…

Comment expliquez-vous cette réserve à se projeter dans le futur ?

La raison simple : on s'est aperçu qu'il y avait tellement de facteurs en question que l'on ne peut réellement prévoir ce qui va se passer à terme. Chacun a peur d'avoir l'air ridicule s'il dit quelque chose qui s'avèrerait être faux. Pourtant, la fonction de visionnaire est indispensable car elle suscite une réflexion et pour le moment, le seul endroit où cela est autorisé, c'est la science-fiction. Comme je le dis dans Le Miroir de Cassandre, pour qu'un bon futur puisse exister pour nos enfants, il faut que notre génération l'invente dès à présent. C'est parce que Aldous Huxley a parlé du clonage dans ses écrits que l'on a pu avoir les lois d'éthique sur le clonage.

Dans une nouvelle du livre, Paradis sur Mesure, " On pendra tous les pollueurs ", vous évoquez un gouvernement écologique dictatorial…

J'ai essayé d'imaginer ce qui se passerait si un gouvernement mondial écologiste se décidait à prendre des mesures draconiennes jugées indispensables. Le monde que je décris dans cette nouvelle ne me fait pas peur. L'idée d'abandonner l'électricité, les moteurs et de revenir à des outils propres, j'y souscris à 50 / 50. Une partie de moi me dit que ce serait mieux pour la planète et l'humanité de vivre dans un monde où il n'y aurait pas un tel gaspillage d'énergie.

Vous pourriez vous passer d'Internet, de Facebook, de Skype ?…

Ce sont des plaisirs auxquels nous nous sommes habitués. Les générations précédentes vivaient sans cela. Cela n'a pas entraîné leur disparition ou leur déchéance.

Dans le film Une vérité qui dérange, Al Gore expose diverses conséquences potentielles du réchauffement climatique dont l'entrée de l'Europe en glaciation. Est ce que cela vous semble possible ?

Je crois qu'il nous manque des outils sûrs pour répondre à une telle question. Ainsi, il existe une baisse de température du soleil. Est-ce qu'elle pourrait compenser le réchauffement climatique ? La question est complexe. Notre planète est un être vivant avec des mécanismes subtils. Lorsque j'étais journaliste scientifique, je me suis aperçu que bien souvent, derrière tous les messages que l'on reçoit, il existe des intérêts économiques.

Quelle est votre idée personnelle du futur écologique de la planète ?

En tant que citoyen, je suis pessimiste sur le court terme et optimiste sur le long terme. Il semble que chaque fois qu'il y ait une erreur à faire, l'Homme la commet. Toutefois, il existe une sorte de génie humain d'adaptation qui fait que dans le même temps, le meilleur arrive. Actuellement, l'un des gros problèmes est causé par la Chine. Ils font ce que l'on ne peut plus faire en Europe comme construire des usines qui polluent. Ils sont dans une sorte d'enrichissement immédiat sans réflexion sur les conséquences. Un milliard de chinois qui prennent la voiture, ce n'est pas pareil qu'un milliard de chinois qui prennent le vélo.

C'était vrai il y a cinq ans environ et ce n'est plus vrai à présent : la Chine a commencé à prendre des mesures en faveur de l'écologie

En effet, j'étais là bas et j'ai vu qu'ils adoptaient une politique écologique prononcée. J'ai vu des villes où tout est conçu pour qu'il n'y ait pas de fumées. Toutefois, c'est comme un gros bateau. Au moment où il décide de changer de trajectoire, la répercussion prend du temps. En Chine, j'ai discuté avec des responsables et ils m'ont dit : officiellement, nous 1,3 milliards d'individus. Officieusement, nous sommes 1,6 milliards. Officiellement, ils ont la politique de 1 enfant par famille. Seulement, dès qu'on sort de la ville, dans les campagnes on voit des nuées d'enfants. Pourquoi ? Parce que les adultes ont le problème de ne pas avoir de retraite garantie. Quand un chinois veut être sûr de ne pas terminer dans la rue comme un mendiant avec une sébile, il fait des enfants, car en raison du confucianisme, les enfants ont le devoir de nourrir les parents.

Globalement, comment voyez-vous l'avenir de ce monde ?

Globalement, ma grande idée, c'est l'arbre des possibles : il faut s'autoriser à regarder le futur non pas comme un seul chemin probable, mais avec énormément de chemins potentiels, et aller au bout de notre imaginaire. Or, il y a trois solutions pour l'Homme. La première serait que l'on devienne raisonnable. La deuxième serait de détruire la planète. La troisième serait qu'un groupe de gens raisonnables s'en aillent de la Terre…

Que des Terriens quittent la Terre pour aller vivre ailleurs ?…

J'ai évoqué cette solution dans le livre, Le Papillon des Etoiles. J'ai imaginé un voyage qui serait fait en vue d'essaimer l'humanité vers une planète d'une autre galaxie. Le héros crée un vaisseau spatial gigantesque équipé de voiles immenses et propulsé par la lumière. Le voyage dure 1 200 ans j'ai essayé de prendre les chiffres les plus probables et vise une planète qui existe réellement sur Alpha du Centaure. Les passagers d'un tel vaisseau ne verraient jamais l'arrivée : ce sont leurs descendants qui arriveraient sur cette autre planète.

De quoi parlera votre prochain roman prévu pour la rentrée ?

Ce sera un polar scientifique basé sur l'idée " science sans conscience n'est que ruine de l'âme ". Le grand enjeu du futur n'est pas un changement technologie mais un changement de mentalité. L'humanité avance en faisant trois pas en avant et deux pas en arrière.

Propos recueillis par Daniel Ichbiah

Extraits du livre 'Le roman d'une vie' accessibles sur le Web

7 oeuvres de Bernard Werber décryptées

article sur Bernard Werber de Daniel Ichbiah dans 7x7

Extrait de la page de 7 x 7 : Décryptage de 7 oeuvres de Bernard Werber

Dans cet extrait, Bernard Werber revient sur la genèse de 7 de ses livres :

Voici quelques extraits

Bernard Werber : Le Père de nos pères (1998)

Le Père de nos Pères était basé sur une intuition. J’avais fait des articles sur les greffes et je ne trouvais pas normal que nous tolérions mieux les greffes de porcs (pour les valves, le cœur et autres organes) que les greffes de chimpanzé, alors que notre ADN est plus proche de celui du chimpanzé. C’était un mystère.

Je suis donc parti de l’hypothèse que le porc faisait partie de nos ancêtres et que l’homme était né d’une rencontre entre un porc et un primate. A partir de cette idée, j’ai essayé d’être le plus scientifique possible, d’étayer cette hypothèse – je faisais également référence à la Bible qui dit de ne pas manger de porc mais sans expliquer pourquoi. J’ai aussi effectué des études sur le porc montrant que c’était un animal très intelligent, tendre et sentimental, qui a subi une incompréhension de la part de notre civilisation.

J’ai bâti Le Père de nos Pères à la façon d’un Indiana Jones : sur les traces de nos origines, au lieu d’être sur les traces du Graal. Il m’a fallu du temps pour mettre au point ce couple d’enquêteurs original, parce que je comptais créer une série télé.

Isidore, c’est l’individu pacifique et tendre qui privilégie la réflexion alors que Lucrèce est le symbole d’une époque où la femme est dynamique : fonçons et on verra bien ce qui se passe. Le duo était complémentaire, lui étant philosophe, érudit, et un peu trouillard, tandis qu’elle opère dans l’énergie.

Bref, j’ai créé cette dynamique entre Lucrèce et Isidore qui enquêtent sur une histoire qui remonte jusqu’en Afrique sur les traces de l’origine de l’humanité, autour ce mystère : on ne savait toujours pas pourquoi il y avait des humains sur Terre.

Bernard Werber : Nous les Dieux (2004)

Ce livre est né en partie de mon addiction à Civilization IV. A un moment, ce jeu a été comme une « drogue », je pouvais rester 4 ou 5 heures à créer ma civilisation et à la gérer.

Se retrouver en position de dieu d’un monde induisait un challenge : on retrousse les manches et on s’attelle à faire mieux que l’existant. C’était une expérience quasi mystique. Ce monde ne te plaît guère ? Voyons si tu peux faire mieux !

J’ai pu affronter les dilemmes qu’avaient eu les grands chefs. Je mélangeais d’ailleurs l’étude de l’Histoire et celle du jeu. J’ai mis à contribution les mythologies grecques et romaines : comment César est arrivé au pouvoir et a donné naissance à un empire… Cela m’a toujours fasciné de voir comment, soudainement, un principe de civilisation en arrive à englober les autres, mais aussi à les anéantir.

Ayant gagné ses galons d’ange, le héros se retrouve sur une île, Aeden (de ADN). Au sommet de la montagne se trouve, aux dires des habitants, le grand Dieu. Au dessous, une école enseigne des notions qu’il me semblait intéressant de relayer.

Nous les Dieux est ma plus grande réussite. A la sortie en octobre 2004, nous avons dû écouler 190 000 exemplaires. Je n’ai pas fait mieux. Nous en sommes arrivés à 330 000 exemplaires.

Bernard Werber : Sixième sommeil (2015)

La naissance de mon fils a été prématurée et je n’arrivais plus à dormir – il se réveillait à 2, 4 et 6 heures. Ce manque de sommeil a commencé à me miner et je me suis passionné pour ce sujet.

J’avais jadis écrit un article pour Le Nouvel Observateur sur le rêve lucide, et suis allé chercher la documentation accumulée sur ce thème et notamment sur les Senoïs, un peuple qui vit en Malaisie, qui a pour particularité de gérer toute leur vie à partir du sommeil, à savoir :

- le matin, chacun doit raconter son rêve.

- le rêve du combat contre une panthère marque le passage au stade adulte.

- si quelqu’un rêve qu’il couche avec la femme d’un autre, il doit lui offrir un cadeau au réveil,etc.

Bref les Senoïs considèrent que le monde des rêves est un monde de référence aussi important que le monde normal.

J’avais écrit à l’époque un article sur ces Senoïs et sur le rêve lucide - rêve durant lequel le rêveur a conscience d'être en train de rêver - qui devient une forme de gymnastique de la pensée. J’ai voulu mélanger ces deux sujets, imaginer une savante qui découvre un nouveau stade, au-delà du sommeil paradoxal, où l’on rêve énormément, et où le corps est paralysé.

J’avais fait l’expérience des caissons d’isolation sensorielle et d’environnements similaires. Tout cela m’a servi à imaginer une machine qui amènerait à s’immiscer dans le monde des rêves. Et aussi une machine à visualiser les rêves de l’extérieur. J’ai aussi intégré mes études sur les dauphins car ce mammifère marin rêve en permanence.

Le dauphin ne peut jamais rester immobile. Il ne peut pas vivre immergé – il a une respiration aérienne, il. Toutefois, s’il reste à l’extérieur de l’eau, sa peau sèche et se nécrose. Donc, il doit alterner entre ces deux positions. Depuis sa naissance, il est obligé de nager sans pouvoir s’arrêter. Il a donc une moitié du cerveau qui rêve le jour, et puis l’autre bascule. A partir de cette découverte sur les dauphins, on pouvait imaginer comment les dauphins peuvent nous apprendre à mieux rêver.

Le mélange de toutes ces pistes a donné le concept du Sixième Sommeil.

Bernard Werber : Depuis l’au-delà (2017)

depuis l'au dela

Depuis l'au-delà est issu de ma rencontre avec Patricia Darré, une médium qui m’a raconté sa vie dans le quotidien. C’est passionnant. Une médium mène une vie originale et personne n’en sait rien. Ceux qui viennent la consulter ne se préoccupent pas de ce qu’elle vit elle-même.

On pourrait résumer mon approche ainsi : vous êtes-vous demandé ce que pense l’autre ? S’intéresser à l’autre en quelque sorte. Ne pas toujours considérer qu’il n’y a que soi.

Une fois que Patricia Darré m’a mis en contact avec des personnes disparues, je me suis demandé comment était sa vie quotidienne ? Que prend-elle au petit déjeuner ? Quelles sont ses préoccupations ?

Ce livre m’a permis de rencontrer plusieurs médiums. J’ai découvert un monde cohérent et honnête. Patrica Daré est sincère dans sa démarche. Ce qu’elle raconte est teinté de magique et de fabuleux.

Quant à mon personnage en gros, c’est moi, l’écrivain qui, une fois mort, contacte une médium pour lui dire ce que je vois depuis l’au-delà !

 

L'article intégral se trouve ici : Décryptage de 7 oeuvres de Bernard Werber

Extraits d'interviews menées pour la biographie

Rendez-vous à la rentrée...

On the road again

anime

Avant que nous nous quittions, un petit mot.

S'il y a une chose qui me tient à coeur en tant qu'artiste, c'est d'inciter d'autres à vouloir là où la raison s'achève, jusqu'au bout de leurs rêves, à se dépasser, à transcender ce qu'ils vivent.

Vous le savez peut-être, mais probablement la plupart d'entre vous ne le savent pas. Bernard Werber a su, fort jeune, qu'il avait écopé d'une maladie héréditaire, qui devait peu à peu, le transformer en 'statue', car elle amène les os à se souder.

Il a réussi à s'en sortir presque miraculeusement en découvrant une source de félicité extraordinaire pour lui-même : l'écriture. Il en a tiré un concept : "l'écritothérapie".

Se pourrait-il que chacun de nous dispose ainsi d'une source d'énergie bienfaitrice et pourquoi pas, auto-guérissante. Il faudrait juste trouver ce qui nous motive profondément, ce qui nous rend heureux et à partir de là aller au bout de nos rêves. Voilà qui mérite réflexion...

Amitiés à tous.

Daniel Ichbiah

 

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